Mardi 24 février 2009 2 24 /02 /Fév /2009 13:15

L'enseignement de l'anglais en France a plutôt mauvaise presse. Les uns et les autres semblent se résigner à l'idée qu'apprendre cette langue est impossible, tout du moins à l'école. Et en effet, nombreux sont ceux qui, après avoir suivi des cours d'anglais de la 6ème à la Terminale - soit sept années en tout ! -, semblent incapables de comprendre un texte, d'écrire convenablement, de comprendre un anglophone et, surtout, de parler une langue à peu près authentique.

Cela ressemble à un immense gâchi ; élèves comme professeurs sont frustrés. D'où l'idée généralement admise qu'on ne peut pas bien apprendre une langue à l'école et que seul un voyage de longue durée, en immersion totale, peut permettre de vraiment progresser. Le cours d'anglais a parfois la réputation d'être une mascarade.

Et pourtant, j'ai très bien appris l'anglais à l'école, à une époque pas si lointaine où internet et les séries en V.O n'existaient même pas dans les foyers. 
Je me débrouillais déjà très bien avant de voyager en pays anglophones. Arrivé à Londres ou à Los Angeles, je n'avais qu'à utiliser ce que j'avais appris. Bien sûr, j'ai continué à apprendre des expressions idiomatiques une fois sur place, mon accent s'est nettement amélioré, mais... des bases solides étaient là. L'école me les avait données.

Etais-je une exception ? Peut-être... mais en tant qu'élève je n'avais rien d'exceptionnel ! J'étais un élève banal, plutôt fainéant. J'avais sans doute une bonne oreille, mais pas de talent particulier. Je sais juste qu'en fin de Terminale, je pouvais déjà écrire un texte relativement correct en anglais, avec quelques erreurs et maladresses certes, mais avec suffisamment de vocabulaire et de grammaire pour exprimer mes idées et largement satisfaire aux exigences du bac de 1997. 

Devenu professeur d'anglais en lycée après un long détour par l'entreprise et d'autres activités, je constate aujourd'hui que nombre de mes élèves sont en grande difficulté. J'entends par là qu'ils ne savent pas écrire une phrase sans faute, que lire un texte en anglais représente une épreuve surhumaine, et que l'oral - compréhension comme expression - pose de gros problèmes.

Souhaitant la réussite de tous, ou en tout cas du plus grand nombre, je ne peux que m'interroger sur la situation actuelle qui est, à mes yeux, une situation d'échec.
Comment en sont-ils arrivés là ?
Qu'est-il possible de faire ?

C'est à ces questions que ce blog, je l'espère, s'attachera de répondre.

Par AD
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Commentaires

C'est à cause des problèmes que vous soulevez que le besoin de passer à autre chose c'est fait sentir. Le système n'était pas fait pour tout le monde. Il a donc fallu adapter l'enseignement à un plus grand public d'où le CECRL. Je ne suis pas pro-CECRL et je n'ai pas l'intention de vous prendre la tête avec cela. Je ne suis pas intégriste.... Mon objectif est le même que le votre.Tout comme vous, mon souci est de faire progresser les élèves. Après 10 ans d'enseignement, je tournais en rond et ne savais plus comment m'en sortir pour amener les élèves à apprendre. Puis le CECRL est arrivé et m'a permis de redonner le goût d'apprendre une langue aux élèves et m'a redonné le goût d'enseigner.D'où mon blog dans lequel je partage avec des collègues en difficulté les trucs qui marchent. Le but c'est juste d'adapter ses cours au niveau des élèves afin de ne pas les dégoûter au début puis de les amener très rigoureusement vers le niveau supérieur. il ne s'agit pas de faire un enseignement bas de gamme mais adapté. Il faut bien respecter les étapes et surtout être vigilante et ne pas céder sur les points qui doivent être connus. Tout vocabulaire appris lors d'une séquence doit être prononcé correctement et écrit correctement et chaque point de grammaire étudié doit être maitrisé ou alors il sera sanctionné.Le problème c'est que le professeur ne prévoit pas toujours les activités qui vont permettre aux élèves de les approprier en classe ou sanctionne ce qui n'a pas été enseigné, exigent de l'élève un niveau qu'il est incapable d'atteindre et du coup l'élève perd sa motivation ... J'ai l'impression que vous ne savez plus comment faire pour aider vos élèves. Peut etre que changer de méthode et vous adapter à vos élèves vous aiderait; Je ne critique pas votre façon de faire, mais si vous voulez partager et echanger avec moi, "you're welcome"
Commentaire n°1 posté par Mrs Cadot le 26/02/2009 à 01h33
De toute évidence nous avons le même objectif : faire progresser nos élèves. Nous divergeons sur les moyens d'atteindre cette fin. Je ne suis pas du tout desespéré, je suis un jeune enseignant plutôt heureux, j'aime faire la classe et constater les progrès de mes élèves. Vu votre blog, vous devez être une passionnée et je suis persuadé que vous apportez énormément à vos élèves. Je pense être dans le même cas, mais nous n'appliquons pas les mêmes méthodes. Est-ce un mal ? Après tout, it takes all sorts...
Commentaire n°2 posté par AD le 26/02/2009 à 01h43
Voici qui apportera un soutien à vos remarques; hélas si pertinentes. Témoignage d'enseignante d'anglais. (Lu sur Reconstruire l'école) "Comprenez-vous mon étrangère langue? Je suis professeur d'anglais en lycée et la lecture de l'article du Figaro Magazine consacré à Pascal Dupré et Magali Pichon m'a redonné un peu d'espoir, comme l'ont fait, quand ils sont sortis, les livres de Rachel Boutonnet et de Marc Le Bris. En effet, si je ne savais pas qu'en amont, des instituteurs se mobilisent pour ré-enseigner le B-A:BA, certains jours avec mes lycéens le moral serait bien bas : à une époque où l'on prétend que la maîtrise des langues vivantes est essentielle, il devient justement impossible de les enseigner sérieusement. Comment faire apprendre à un élève de quinze ans une autre langue quand sa langue maternelle lui est devenue étrangère ? Ainsi la phrase 'il ne s'est pas arrêté', dictée en contrôle, en référence au texte étudié en cours, devient : 'il ne c'est pas arrété', 'il ne sest pas arrêter', 'il ne sait pas arreter', 'il ne s'ait pas arrêter' etc. L'élève ignore que 'du = de le' ; il est donc incapable de comprendre la construction du cas possessif en anglais, ne reconnaissant pas 'le maître' dans 'la voiture du maître'. Ce malheureux élève a également beaucoup de mal à faire la différence entre les catégories de mots : il est donc amené à conjuguer les adjectifs et à leur ajouter consciencieusement la marque du temps. Le manque d'entraînement systématique l'empêche également de reconnaître la différence entre actif et passif et le condamne à l'erreur, sans parler de l'existence (regrettable) de la voix pronominale en français qui entraîne également bien des désarrois. 'Nous nous plaignons' : 'We we complain' Tous les 'la' se valent pour lui, celui de 'mange la pomme' et celui de 'mange-la!' ; il les traduira donc par 'the' dans les deux cas. 'Il n'y a ni futur ni futur antérieur dans la subordonnée de temps en anglais'. Oui, d'accord ! Mais qu'est-ce qu'un futur antérieur ? Et d'abord, une subordonnée, c'est quoi ? Je peux multiplier les exemples à l'infini mais il suffit de faire remarquer qu'aujourd'hui en classe de seconde, un élève en difficulté doit non seulement apprendre que 'red' signifie 'rouge' mais également que c'est un adjectif. Non seulement il doit apprendre la liste des pronoms compléments mais aussi apprendre à reconnaître un complément. En seconde, vont lui faire irrémédiablement défaut toutes les années au cours desquelles ses réflexes auraient pu être éduqués : il le sent mais ne peut le formuler (c'est notre rôle à nous adultes et professeurs), d'où sa détresse. Le soulagement que j'éprouve à la lecture de l'article du Figaro Magazine est d'autant plus grand qu'il est quasiment impossible d'évoquer publiquement le niveau catastrophique de certains élèves en classe de seconde sans paraître extrêmement déloyal vis à vis des professeurs qui nous ont précédés. Je me suis vue l'an dernier dans ces circonstances invitée par un collègue à démissionner ('puisque tu critiques tout le temps le système'). Comprendre l'étendue du désastre implique que la remise en question du système vienne de tous les niveaux de l'enseignement. Elle a commencé dans le primaire. C'est maintenant à nous, dans les collèges et les lycées, de la relayer. Il y a urgence ! Dans mon lycée, entre 2000 et 2005, nous sommes passés de 2.1% de réorientation en fin de seconde, à 9.43%. Impossible d'évoquer publiquement donc cette catastrophe mais bien sûr, en privé, nous savons à quoi nous en tenir : un de mes collègues, accablé, déclarait la semaine dernière: 'l'école ne sert plus à rien'. Je souhaite donc apporter mon soutien à Monsieur Dupré et Madame Pichon et les remercier de ce qu'ils font pour nous tous. " Madame C., professeur d'anglais 20/10/2007 09:42:07 J’ai essayé de m'intéresser LE MOINS POSSIBLE au CECR (Cadre Européen Commun de Référence pour les langues). Je dirais tout simplement que je n'ai pas assez de temps, pour le perdre à essayer de comprendre la différence bidon qu'on veut sans arrêt nous faire avaler : la fameuse différence entre savoirs et savoir-faire. Ou plutôt, je ne vois que trop bien où on veut nous mener : en Avril dernier, nous avons fait passer au sein de notre lycée, pour la première fois, la nouvelle épreuve orale de bac destinée aux Terminales STG. Ce qu'on voulait à toute force nous faire noter de façon positive, c'était la 'capacité' de l'élève à ouvrir la bouche pour émettre des sons: que les sons émis ne soient pas intelligibles, qu'ils ne soient pas de l'anglais, que le commentaire proposé par l'élève n'ait strictement rien à voir avec le document proposé, tout ceci n'était finalement pas rédhibitoire, d'après la grille officielle d'évaluation qui ne permettait pas de descendre en-dessous de la note de cinq sur vingt, c'est à dire le quart des points quand même! Ce que je crois comprendre aussi, c'est qu'à cause du CECR, on va distinguer très nettement les compétences les unes des autres, mettre les élèves par groupes de compétences, et ainsi parcelliser notre travail à l'infini: un professeur travaillera exclusivement la compréhension de l'oral, un autre l'expression écrite, etc... C'est de la folie, quand on sait ce que c'est qu'un cours où tout est (harmonieusement, les jours fastes) imbriqué l'un dans l'autre. De la folie de planification totalitaire. Et pendant ce temps-là, nous venons de faire les six premières semaines de l'année avec les petits de seconde, la période la plus dure: celle où (dans les « mauvaises »classes, allez, soyons politiquement incorrects) il y a tant d'élèves littéralement HEBETES, que vous vous dites : cette année, non seulement je ne vais rien réussir à leur apprendre, mais encore, je ne vais même pas réussir à les aimer. Vous commencez par vous demander s'ils se droguent ou quoi? Et puis, non, même pas, c'est l'école qui les a mis dans cet état là. En ne leur enseignant pas de façon lente et progressive ce qu'ils auraient pu comprendre, en le leur laissant découvrir (Lors de ma dernière inspection, on m'a dit : « Mais enfin, Mme C., l'anglais doit leur rentrer par les oreilles et leur sortir par la bouche'), on a construit leur échec. Un de mes élèves de seconde a explosé de haine, au bout de quinze jours et a hurlé -je posais la question « Did the man break the chair ». « Est-ce que l'homme a cassé la chaise? ». La chaise dont il était question dans le texte, et nous avions bien sûr appris le verbe « to break » : « Mais je n'ai jamais compris ce que c'était que ce « did »! Pourquoi est-ce qu'on hait à ce point les enfants, l'approche progressive et raisonnée du savoir, pourquoi est-ce qu'on veut fabriquer des légions de barbares, je ne sais pas; mon fils me dit que je trouverai la réponse dans Michéa et dans Christopher Lasch, mais c'est trop abstrait pour moi. Il a sûrement raison (car c'est mon fils!) Pour finir, quelles représailles après mes prises de position? Il y a trois ans j'ai écrit une lettre ouverte à mes deux IPR où je disais un peu tout ce que je reprends dans le livre « la débâcle de l'école » et depuis je ne suis plus autorisée à faire passer le bac. Elles ne m'ont pas répondu, bien sûr; j'ai juste découvert par hasard que, sur les listings de bac, à côté de mon nom, il y avait marqué : « ne pas prendre, note de l'inspectrice. » Je ne comprends pas cette fausse opposition qu'on établit souvent, quand il s'agit d'enseigner les langues étrangères, entre l'entrainement oral et l'apprentissage de la grammaire. Les deux vont bien évidemment de pair, et une phrase ne sera qu'un charabia incompréhensible -qu'aucun anglais, puisque c'est la langue que j'enseigne, ne se donnera la peine de suivre jusqu'au bout- si sa construction n'en est pas rigoureuse. Puis-je donner un exemple, tiré de mon cours de vendredi en classe de première L? A propos d'une vendeuse qui refusait de se soumettre au code vestimentaire imposé par son employeur et de mettre une jupe, un de mes élèves a souhaité dire: 'peut-être qu'elle n'avait pas de jolies jambes; si elle avait porté une jupe, tout le monde les aurait vues, ce qui l'aurait gênée.' Voici ce que ça a donné:' She not like legs. If she worn will skirt, everybody see legs and she no feel good.' Or nous travaillons depuis un mois sur le mode conditionnel -qu'il ne connait pas en français- et sur l'expression de l'hypothèse en anglais avec le modal 'may'. J'ai inscrit au tableau toutes les structures grammaticales nécessaires à la construction de sa phrase et qu'il connaissait, et en s'appliquant, il y EST ARRIVE. Et alors que nous l'applaudissions, il rayonnait. Et moi aussi. Parce que c'est lui qui maîtrisait l'anglais et pas l'anglais qui le maîtrisait, comme c'est presque toujours le cas. Et si vous pensez que mon exemple est inventé, je vous renvoie aux rédactions des copies de bac, dont une de mes collègues disait l'an dernier: c'est n'importe quoi! Dernière remarque : peut-être que savoir expliquer pourquoi une dame refuse de se mettre en jupe- et pour ce faire savoir utiliser le mode conditionnel ou le mode particulier à l'anglais de l'hypothèse- n'est pas pertinent." 28 mai2008 Comme d'habitude! J'ai passé toute une année à ré-enseigner aux élèves de seconde les voix, les temps, la nature des mots, ce que signifie que 'conjuguer' un verbe, comment trouver un sujet, un complément d'objet direct, comment apprendre une leçon de façon à la savoir 'pour la vie' et pas pour le devoir, je leur ai appris à se ranger dans le couloir, à se mettre debout avant le cours, à ne pas mâcher
Commentaire n°3 posté par Adélaïde le 27/02/2009 à 11h10
Je ne peux qu'approuver Adélaïde, et l'existence et le propos de ce blog. Il est temps de faire quelque chose, et de marquer une opposition au CECRL, notamment.
Commentaire n°4 posté par Cyrano le 28/02/2009 à 16h15

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