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Les instructions officielles et la mise en place du Cadre Européen Commun de Référence pour l'apprentissage des Langues (CECRL) préconisent un apprentissage des langues à des fins de communication en s'appuyant sur la réalisation de "tâches".
C'est dans le but de "communiquer" que les élèves de collège et de lycée devraient faire de l'anglais. Voilà un bien
bel objectif ! On apprend une langue pour communiquer avec les autres, c'est tellement simple que cela ressemble (à s'y méprendre) à du bon sens.
Les partisans de cette approche répètent à loisir que la grammaire, l'orthographe, bref, tout ce qui permet d'apprendre une langue correcte et soignée, importent peu, du moment qu'on se fait
comprendre.
Je pense qu'ils se trompent lourdement. Apprendre une langue à des seules fins de communication, voilà qui est d'une grande tristesse. Les personnes dans ce cas sont les cadres
d'entreprise que l'on envoie en mission à l'étranger et qui, en raison de leur travail, auront en effet à "communiquer". Alors ils apprennent en quelques mois des rudiments qui leur
permettront de se débrouiller dans des situations très simples (commander un plat, donner quelques directives, rédiger un e-mail). Aucun plaisir là-dedans, pas de contenus culturels, peu
d'épanouissement personnel ; il s'agit d'un apprentissage purement utilitaire, pour réaliser une tâche et rentrer chez soi. La langue n'est qu'un outil, un genre de code social extérieur à
la personne mais qu'il faut bien maîtriser...
Je ne pense pas que l'école soit le lieu de cela. L'école devrait permettre aux élèves de découvrir les langues
autrement, c'est-à-dire pour elles-mêmes, pour leur beauté intrinsèque.
La langue de "communication" est toujours extérieure à la personne, c'est une obligation sociale. Enseigner aux élèves la langue dans ce simple but, c'est oublier ce que
l'apprentissage d'une langue peut et doit vraiment leur apporter : l'occasion d'un épanouissement personnel, réel et puissant. Devenir une autre personne en apprenant un autre langage.
La possibilité d'être émue par un beau texte ou par un document sonore en V.O. Le plaisir de comprendre et de bien appliquer une règle de grammaire. D'écrire dans une langue aussi soignée que
possible, de dire non aux fautes et s'offrir, à l'époque du langage SMS, le luxe de bien écrire.
En vrai, de vivre la langue de l'intérieur. De se sentir progresser pour soi, pas simplement pour les autres.
La "communication" permet certes d'échanger avec les autres et d'interagir. C'est utile, mais il est à mon sens plus important d'apprendre d'abord la langue en soi et pour soi. De construire une richesse personnelle que l'on gardera toute sa vie durant. Quiconque fait se travail développe une puissance intérieure qui lui permettra, en temps voulu, de communiquer et d'affronter le monde extérieur avec confiance. J'y vois là la mission de l'anglais et des autres langues à l'école.
On peut apprendre l'anglais juste pour communiquer. Mais on peut aussi apprendre une langue pour bien plus que cela. Pourquoi s'en priver ?
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Nous n'avons pas la même vision de l'enseignement. Vous parlez d'adapter le niveau à celui des élèves, je parle de les hisser au plus haut niveau possible. Ce qui ne veut pas dire les assommer à coup textes inabordables ou de les ennuyer, mais d'exiger d'eux une certaine rigueur. Dans votre méthode, je ne vois qu'un renoncement des exigences qui les maintient toujours plus bas. Et leur faire perdre un temps précieux.
Le CECRL me fait frémir car il fait de l'être humain un "robot communiquant". Ces milliers de cases à cocher et ces descripteurs ont quelque chose de totalitaire et signe l'arrêt de toute liberté pédagogique.
Je préfère former des humanistes avides de savoir. L'ancien cancre que je suis a découvert - grâce à des professeurs "passeurs de savoir" - que le savoir libère.
Je ne pense pas que les élèves "n'ont pas vocation à devenir des intellectuels". Penser ainsi, c'est faire régner le déterminisme social dans sa classe. Prolo tu es, prolo tu resteras.
Si on ne les expose jamais à des contenus riches d'un point de vue culturel et linguistique, alors oui ils ne deviendront pas.
Je m'efforce de n'évaluer mes élèves que sur ce que j'ai enseigné. Je suis en revanche rigoureux sur la grammaire, l'orthographe et la richesse de la langue de mes élèves. Ils ont le droit que j'exige d'eux le maximum. Je suis leur progression de près, sans m'enfermer dans une bulle intellectuelle mais, au contraire, en faisant tout pour qu'ils progressent.
Je suis professeur agrégé dans un lycée "moyen". J'ai des Terminales, des 1ères et une classe de seconde. Je constate à leur arrivée en seconde les ravages de la méthode communicative qui ne leur a rien appris de vraiment précis. Mais vous allez me dire que justement, leurs professeurs n'ont pas suffisamment appliqué cette méthode. Je vais vous dire que si, justement. Ou pire encore : une bouillie de méthode communicative mal digérée.
De mon côté, je ne fais que constater les progrès de mes élèves. Changer leurs habitudes me prend un peu de temps en début d'année, car les élèves sont surpris de voir qu'on travaille "vraiment" et que le cours d'anglais n'est pas un jeu. Alors, patiemment, on lit Dickens, Wilde, Orwell et Shakespeare, on apprend du vocabulaire qu'on a cherché dans le disctionnaire, on se force à fixer la grammaire, à bien prononcer.
Mes élèves n'ont pas l'air malheureux, même si on ne "joue" plus.
Je ne peux pas dire que 2/3 des élèves sont perdus. 5% de la classe, sans doute. Je veille à travailler plus lentement avec eux, même si à 36 par classe ce n'est pas toujours évident.
Au fond, je m'efforce de leur offrir un vrai parcours de petit angliciste. Avec le bagage que je leur fournit, ils n'auront aucun mal à communiquer en temps voulu, croyez-moi.
Quand à s'adapter aux exigences sociales, il y a l'enseignement supérieur et la formation continue pour ça. Mais à l'école, on apprend des bases classiques et solides.
Très cordialement,
AD
« Apprendre une langue à des seules fins de communication, voilà qui est d'une grande tristesse. »
Pourquoi parlons- nous si ce n’est pour communiquer ? N’est-ce pas la fonction première de l’apprentissage d’une langue? Il faut juste graduer la difficulté, tout n’est qu’une question de bon sens ! En effet, un élève de 6° ne peut pas s’exprimer comme un élève de terminale ! Nous profs, ne pouvons donc pas avoir les mêmes exigences ! Cela ne veut pas dire pour autant que nous ne faisons pas un enseignement de qualité
« Une toute petite phrase résume tout : "On a construit leur échec". Echec de l'école ou l'on se contente de la médiocrité. Ce n'est pas l'échec des enfants, qui le supporteront toute leur vie, c'est l'échec d'un système pourri, qui sous prétexte d'égalité et de générosité envers les plus faibles, a fait qu'aujourd'hui des milliers d'élèves en France sont incapables de s'exprimer, d'analyser, d'apprendre tout simplement. »
Alors là, je ne suis pas du tout d’accord ! Vous faites comme si NOUS profs n’avions pas notre mot à dire !
JE crois SINCEREMENT que pour éviter ces dérives justement, il nous faut utiliser CORRECTEMENT les outils qu’on nous donne. NE prenons pas pour argent comptant ce que nous dit un tel ou un tel. Ce ne sera que sa vison des choses. VOUS critiquez les nouvelles méthodes mais à aucun moment vous ne proposez de solutions…. Je crois qu’au contraire il faut mieux analyser ce qu’on nous demande et palier aux manques en utilisant ce que nous savons le mieux faire à savoir des astuces pour faire apprendre nos élèves….J’ai les mêmes convictions que vous et je me bats au quotidien pour les mettre en œuvre. JE crois qu’au lieu de crier, critiquer et de se disperser, on devrait pointer du doigt les problèmes et chercher des solutions pour les résoudre… LE CECRL est très flou ! A nous d’en faire une lecture qui nous permette une mise en oeuvre dans la classe qui nous convienne et nous sied…
« Echec dû au non apprentissage de la langue maternelle. Ni vocabulaire, ni conjugaison, ni grammaire.......(sans parler des maths) et après on veut leur enseigner à ces pauvres élèves une langue étrangère. C'est un combat perdu d'avance. »
Pas si sûr. J’ai d’abord fait ce constat là et me suis demandée comment on pourrait y remédier. Avec le collègue de Français de mon collège, on a décidé de s’appuyer sur l’anglais pour leur faire mieux maitriser certains concepts dont ils auront besoin pour l’épreuve du DNB….On s’est d’abord mis d’accord sur les termes qu’ils devaient employer car le problème vient aussi du fait que le lexique utilisé est parfois différent d'une langue à l'autre , si bien que les élèves ne peuvent retrouver l’équivalence. Je dois avouer que ça commence à porter ses fruits…Et c’est évident. On se sert bien de la similitude de structures du comparatif avec le superlatif pour facilité la compréhension de ce dernier. Idem avec la similitude entre la fonction de l’auxiliaire (pour la forme négative ou interrogative) qui prend la marque du temps au présent ou au passé et se transforme…. LE problème s’est que nous ne prenons pas tous le temps de le faire car il est plus facile peut être de dire qu’il est trop tard… Au moins on n’a pas l’impression d’être responsable…
« je n'ose dire "petit nègre", car quand j'entends certains petits africains qui sont à l'étranger, ils maîtrisent nettement mieux le français et l'anglais que nos élèves de métropole. »
Faites attention à vos propos ! Ils pourraient être blessants et très mal pris !
« Le CECRL transmet malhonnêtement des consignes qu'ils savent légères, car ils savent que le niveau général est à la baisse. »
A mon avis, il s’agit plus d’une incompréhension de ce qui est attendu d’eux que d’une malhonnêteté intellectuelle. A mon avis, aucun prof ne veut faire de l’anglais de bas niveau ! C’est pourquoi il y a autant de mal-être et de rébellion et de résistance chez certains ! D’autres, plein de bonne volonté, essaient maladroitement de mettre en place ce qu’un formateur ( mal formé lui aussi ) avait pu leur transmettre. Le problème vient du fait qu’il y a très peu de formation de formateurs…d’où ce flou artistique….qui nuit à la qualité de l’enseignement.
ARRETONS donc de faire de la résistance et d’appuyer nos arguments sur des incohérences que font certains collègues comme celles de ne pas faire apprendre les nombre avant de passer à l’apprentissage de l’heure! Servons nous de notre savoir faire et de notre intelligence pour au contraire chercher et trouver des solutions qui permettront de remonter le niveau… sans laisser personne pour compte… Car pour moi un élève est en difficulté justement parce que lui aussi a du mal à s’adapter… Ce n’est pas toujours parce que c’est un « bon à rien »
Qui a dit cela! Il va peut être valider un item de A1( fin de CM2 ou début 6°) mais n'ira pas plus loin!!!
En fait, le problème vient encore d'une confusion entre apprentissage et évaluation! Nulle part il est dit cela. On attend de l'élève qu'il dise effectivement " I don't speak Japanese" ( avec majuscule, comme pour toutes les nationalités) c'est l'objectif à atteindre. Cependant s'il n'y arrive pas et dit " I no speak the Japan" on ne lui dira pas "tu ne sais pas parler! t'es vraiment trop nul" On lui dira, tu confonds le pays et la nationalité et tu dois encore travailler la forme négative car tu ne la maitrise pas encore " On lui montre juste qu'il sait quand même des choses (si infimes soient-elles) et on lui dit ce qui lui reste à apprendre justement dans le but de le faire progresser.. On fixe ensuite avec lui des "objectifs réalisables et atteignables" en lui montrant qu'il ne part pas de zéro... La motivation sera donc plus grande car il ne se retrouve pas avec l'impression de tout avoir à refaire et l'impression que la tâche est insurmontable...En tout cas, contrairement à ce que vous laissez croire, ça ne remet pas en cause le niveau général des élèves car l' auteur de cette production n'aura de toute façon pas une bonne note même avec l'évaluation positive du CECRL! On dit positive, car on s'appuie sur ce qu'est capable de faire l'élève , on ne donne pas de points quand il ne sait pas faire. Contrairement à ce que vous semblez laisser croire, la grammaire, le lexique, la phonologie sont TOUJOURS pris en compte dans l'évaluation du CECRL. On y ajoute en plus la réalisation de la tâche c'est à dire si l'élève arrive à faire passer son message ou pas !Donc en fait, on évalue s'il arrive à utiliser à bon escient et efficacement le lexique, grammaire, phonologie... qu'il vient d'apprendre! Pour moi c'est très logique. On n'évalue pas seulement des savoirs, on évalue aussi la capacité de l'élève à les utiliser... En quoi est-ce que ça remet en cause la qualité de notre enseignement?
Merci de m'avoir répondu aussi longuement.
Mais que vous soyez d'accord ou pas, dear miss Cadot, ese asi.
Quant à mes propos "....petit nègre.....", ils ne sont en rien blessant ou discriminatoires (je sais, c'est la grande mode en France). Et votre remarque me désespère. Je suis à mille lieux de notre pays, et croyez-moi tous ces pbs, me passent au dessus de la tête.
Le seul qui me préoccupe est celui de l'école. Et très sincèrment le blog d'AD me plaît car il défend une certaine idée de l'enseignement qui me convient.
Cordialement.