Mercredi 25 février 2009 3 25 /02 /Fév /2009 16:52

Les instructions officielles et la mise en place du Cadre Européen Commun de Référence pour l'apprentissage des Langues (CECRL) préconisent un apprentissage des langues à des fins de communication en s'appuyant sur la réalisation de "tâches".

 

C'est dans le but de "communiquer" que les élèves de collège et de lycée devraient faire de l'anglais. Voilà un bien bel objectif ! On apprend une langue pour communiquer avec les autres, c'est tellement simple que cela ressemble (à s'y méprendre) à du bon sens.

Les partisans de cette approche répètent à loisir que la grammaire, l'orthographe, bref, tout ce qui permet d'apprendre une langue correcte et soignée, importent peu, du moment qu'on se fait comprendre.

Je pense qu'ils se trompent lourdement. Apprendre une langue à des seules fins de communication, voilà qui est d'une grande tristesse. Les personnes dans ce cas sont les cadres d'entreprise que l'on envoie en mission à l'étranger et qui, en raison de leur travail, auront en effet à "communiquer". Alors ils apprennent en quelques mois des rudiments qui leur permettront de se débrouiller dans des situations très simples (commander un plat, donner quelques directives, rédiger un e-mail). Aucun plaisir là-dedans, pas de contenus culturels, peu d'épanouissement personnel ; il s'agit d'un apprentissage purement utilitaire, pour réaliser une tâche et rentrer chez soi. La langue n'est qu'un outil, un genre de code social extérieur à la personne mais qu'il faut bien maîtriser...

 

Je ne pense pas que l'école soit le lieu de cela. L'école devrait permettre aux élèves de découvrir les langues autrement, c'est-à-dire pour elles-mêmes, pour leur beauté intrinsèque.

La langue de "communication" est toujours extérieure à la personne, c'est une obligation sociale. Enseigner aux élèves la langue dans ce simple but, c'est oublier ce que l'apprentissage d'une langue peut et doit vraiment leur apporter : l'occasion d'un épanouissement personnel, réel et puissant. Devenir une autre personne en apprenant un autre langage. La possibilité d'être émue par un beau texte ou par un document sonore en V.O. Le plaisir de comprendre et de bien appliquer une règle de grammaire. D'écrire dans une langue aussi soignée que possible, de dire non aux fautes et s'offrir, à l'époque du langage SMS, le luxe de bien écrire.

 

En vrai, de vivre la langue de l'intérieur. De se sentir progresser pour soi, pas simplement pour les autres.

 

La "communication" permet certes d'échanger avec les autres et d'interagir. C'est utile, mais il est à mon sens plus important d'apprendre d'abord la langue en soi et pour soi. De construire une richesse personnelle que l'on gardera toute sa vie durant. Quiconque fait se travail développe une puissance intérieure qui lui permettra, en temps voulu, de communiquer et d'affronter le monde extérieur avec confiance. J'y vois là la mission de l'anglais et des autres langues à l'école.

 

On peut apprendre l'anglais juste pour communiquer. Mais on peut aussi apprendre une langue pour bien plus que cela. Pourquoi s'en priver ?

 

Par AD
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Commentaires

Bonjour, Votre article me fait frémir car vous mettez de côté les 3 quarts des élèves ! Vous avez parfaitement le droit de défendre votre point de vue et la méthode que vous préconisez à son intérêt mais elle ne vise hélas qu'une infime partie de nos élèves. Je ne sais pas si vous enseignez, mais si c'est le cas, vous ne devez pas être en poste au collège sinon vous comprendriez pourquoi le CECRL a été mis en place. En fait la majorité des élèves de collèges n'ont pas ce goût prononcé pour la langue et l'enrichissement personnel et culturel que vous vantez et que j'approuve . Il faut donc s'adapter au public et l'amener à apprendre sans le dégoûter c'est à dire en graduant la difficulté et en adaptant les supports au public. Il ne s'agit en aucun cas de faire de l'anglais au rabais. Il faut juste adapter l'apprentissage de l'anglais au public que l'on a. Je me vois mal faire en 6° ce que vous préconisez, ils n'en ont pas la maturité nécessaire... Ce n'est pas parce que je ne fais pas d'explication de texte que je n'aborde pas la littérature. En 6°, j'ai déjà fait écrire des contes aux élèves en anglais. Ecrire un conte c'est communiquer avec un public ...le conteur écrit parce qu'il a un message a faire passer et pour que le message passe il faut que l'orthographe et la grammaire soient maitrisées. Je pense que vous n'avez pas tout compris dans le CECRL. Il n'empêche pas d'être exigeante sur l'orthographe et la grammaire mais juste de ne pas sanctionner des points non étudiés. On ne peut pas exiger d'un élève qu'il sache des choses sans que le prof les lui ait enseignés . Vous mélanger tout. Qui a dit qu'un élève de 1ere langue de complément devait commander un plat ou écrire un email... son objectif est de comprendre et prendre du plaisir dans le texte littéraire ... Je pense que vous n'avez pas bien saisi la philosophie de CECRL. Quand vous dites" Je pense qu'ils se trompent lourdement. Apprendre une langue à des seules fins de communication, voilà qui est d'une grande tristesse. Les personnes dans ce cas sont les cadres d'entreprise que l'on envoie en mission à l'étranger et qui, en raison de leur travail, auront en effet à "communiquer". En fait , tout le monde ne fera pas de grandes études mais tout le monde sera confronté au monde du travail et donc à l'anglais qui va devenir de plus en plus présent dans ce monde. Il faut donc que chacun soit paré pour ca. Au collège, on insiste effectivement plus amplement sur ce coté communicatif mais en fonction du niveau des classes et de la maturité des élèves, on adapte son enseignement. "Je ne pense pas que l'école soit le lieu de cela. L'école devrait permettre aux élèves de découvrir les langues autrement, c'est-à-dire pour elles-mêmes, pour leur beauté intrasèque." Je pense au contraire que l'école est le lieu pour former les adultes de demain aux exigences sociales, si ce n'est l'école qui d'autre les formera? En outre, pour avoir "La possibilité d'être émue par un beau texte ou par un document sonore en V.O. Le plaisir de comprendre et de bien appliquer une règle de grammaire. D'écrire dans une langue aussi soignée que possible, de dire non aux fautes et s'offrir, à l'époque du langage SMS, le luxe de bien écrire" il faut d'abord acquérir les techniques qui vont nous permettre de comprendre cette langue. pour en percevoir sa sensibilité. Tout est question de dosage et surtout d'adaptation au niveau de l'élève Cordialement PS; Vous qui semblez si pointilleux sur la langue, corrigez vite le "Quiconque fait se travail "... sinon on risquera de vous remonter les bretelles...
Commentaire n°1 posté par Mrs Cadot le 26/02/2009 à 00h52
Un grand merci pour ce commentaire si complet. J'ai eu l'occasion de voir votre blog et de prendre connaissance du travail très complet que vous avez posté. 

Nous n'avons pas la même vision de l'enseignement. Vous parlez d'adapter le niveau à celui des élèves, je parle de les hisser au plus haut niveau possible. Ce qui ne veut pas dire les assommer à coup textes inabordables ou de les ennuyer, mais d'exiger d'eux une certaine rigueur. Dans votre méthode, je ne vois qu'un renoncement des exigences qui les maintient toujours plus bas. Et leur faire perdre un temps précieux.

Le CECRL me fait frémir car il fait de l'être humain un "robot communiquant". Ces milliers de cases à cocher et ces descripteurs ont quelque chose de totalitaire et signe l'arrêt de toute liberté pédagogique. 

Je préfère former des humanistes avides de savoir. L'ancien cancre que je suis a découvert - grâce à des professeurs "passeurs de savoir" - que le savoir libère. 

Je ne pense pas que les élèves "n'ont pas vocation à devenir des intellectuels". Penser ainsi, c'est faire régner le déterminisme social dans sa classe. Prolo tu es, prolo tu resteras. 
Si on ne les expose jamais à des contenus riches d'un point de vue culturel et linguistique, alors oui ils ne deviendront pas.

Je m'efforce de n'évaluer mes élèves que sur ce que j'ai enseigné. Je suis en revanche rigoureux sur la grammaire, l'orthographe et la richesse de la langue de mes élèves. Ils ont le droit que j'exige d'eux le maximum. Je suis leur progression de près, sans m'enfermer dans une bulle intellectuelle mais, au contraire, en faisant tout pour qu'ils progressent.

Je suis professeur agrégé dans un lycée "moyen". J'ai des Terminales, des 1ères et une classe de seconde. Je constate à leur arrivée en seconde les ravages de la méthode communicative qui ne leur a rien appris de vraiment précis. Mais vous allez me dire que justement, leurs professeurs n'ont pas suffisamment appliqué cette méthode. Je vais vous dire que si, justement. Ou pire encore : une bouillie de méthode communicative mal digérée.

De mon côté, je ne fais que constater les progrès de mes élèves. Changer leurs habitudes me prend un peu de temps en début d'année, car les élèves sont surpris de voir qu'on travaille "vraiment" et que le cours d'anglais n'est pas un jeu. Alors, patiemment, on lit Dickens, Wilde, Orwell et Shakespeare, on apprend du vocabulaire qu'on a cherché dans le disctionnaire, on se force à fixer la grammaire, à bien prononcer.

Mes élèves n'ont pas l'air malheureux, même si on ne "joue" plus.
Je ne peux pas dire que 2/3 des élèves sont perdus. 5% de la classe, sans doute. Je veille à travailler plus lentement avec eux, même si à 36 par classe ce n'est pas toujours évident.

Au fond, je m'efforce de leur offrir un vrai parcours de petit angliciste. Avec le bagage que je leur fournit, ils n'auront aucun mal à communiquer en temps voulu, croyez-moi.

Quand à s'adapter aux exigences sociales, il y a l'enseignement supérieur et la formation continue pour ça. Mais à l'école, on apprend des bases classiques et solides.

Très cordialement,
AD  
Réponse de AD le 26/02/2009 à 01h33
Bonjour, à quelle adresse peut-on vous contacter ? Je mets un lien vers vos réflexions sur le site http://neoprofs.org, qui pourrait vous intéresser. Bonne fin de journée, John.
Commentaire n°2 posté par John le 26/02/2009 à 12h45
Mrs Cadot, cela n'est pas très gentil de faire des remarques sur l'orthographe. Relisez-vous également.
Commentaire n°3 posté par carole le 26/02/2009 à 14h32
Pour l'orthographe je ne l'ai pas dit méchamment justement mais pour vous éviter des propos blessants comme j'ai pu moi même en recevoir sur mon blog. Car malgré ma vigilance et à mon grand désespoir, je dois bien avouer que je ne suis pas un modèle. Désolée si ça vous a blessé, ce n'était pas mon intention. Le vandalisme moral n'est pas ma tasse de thé. Je suis pour l'enrichissement intellectuel par l'échange de points de vue et c'est pour cela que ce débat m'intéresse énormément.
Commentaire n°4 posté par Mrs Cadot le 26/02/2009 à 16h43
Communiquer, mais encore ? Vaste débat. La communication peut s'arrêter au "bonjour-bonsoir". Comme la communication non verbale peut nous faire céder par politesse le passage à quelqu'un, d'un simple écart. Tout ça pour dire que ce type de formation est minimale. Mais cela ne finalise en rien l'acquisition indispensable à l'apprentissage d'une langue afin d'essayer de réussir un parcours professionnel quel qu'il soit.. Vos deux commentaires sont lamentablement et tristement tellement réels. C'est désespérant. Sur l'autre fil, Adelaide vous fait part du témoignage d'une enseignante d'anglais. Une toute petite phrase résume tout : "On a construit leur échec". Echec de l'école ou l'on se contente de la médiocrité. Ce n'est pas l'échec des enfants, qui le supporteront toute leur vie, c'est l'échec d'un système pourri, qui sous prétexte d'égalité et de générosité envers les plus faibles, a fait qu'aujourd'hui des milliers d'élèves en France sont incapables de s'exprimer, d'analyser, d'apprendre tout simplement. Echec dû au non apprentissage de la langue maternelle. Ni vocabulaire, ni conjugaison, ni grammaire.......(sans parler des maths) et après on veut leur enseigner à ces pauvres élèves une langue étrangère. C'est un combat perdu d'avance. Un élève qui ne maîtrise pas la grammaire et la conjugaison qui sont des repères essentiels pour l'acquisition d'une autre langue pourra parler en "aéré", je n'ose dire "petit nègre", car quand j'entends certains petits africains qui sont à l'étranger, ils maîtrisent nettement mieux le français et l'anglais que nos élèves de métropole. Pour ne parler que de l'anglais : il me semble que vous avez des exigeances d'enseignement qui me font rêver. Combien de professeurs sont dans votre cas ? Peu, vu les résultats. Le CECRL transmet malhonnêtement des consignes qu'ils savent légères, car ils savent que le niveau général est à la baisse. Fermons les yeux et faisons apprendre un anglais succint plutôt que rien du tout. Vis à vis des autres pays, on pourra dire que le niveau monte en Langues. Pour ne parler que de la conjugaison. Comment faire repérer à un élève qui a déjà du mal à conjuguer au présent de l'indicatif (quand il sait repérer le verbe, ce qui n'est pas toujours acquis) afin qu'il fasse la différence entre un présent simple et un présent continu en anglais. Vous êtes professeur et vous savez tout cela mieux que moi. J'ai eu l'occasion de montrer des cours de vos pairs (heu cours est un bien grand mot) dans des écoles anglaises ou américaines. Je peux vous dire que c'était la stupéfaction totale quand au contenu. Et tous ont été unamines, aucun enfant ne peut apprendre de la sorte. Ex pour un enfant de 6e : L'heure. FR : on apprend un côté de la pendule de 1 à 6 H avec le quart d'heure (quand même). Les chiffres en anglais ne sont pas maîtrisés, mais pas de problème. Les minutes, on verra plus tard. ANG/AM : Pendule complète (quarter past/to, it's half past + long hand/minutes, short hand/hours) + exercice à l'écrit et à l'oral. En un cours, mais il faut dire qu'avant les enfants maîtrisent les chiffres, les 1/4, demi, moins, plus avec les maths (cela aide). Autre petit ex : To be Ecole FR : on apprend la forme affirmative d'abord. ANG/AM : writting the affirmative statement into the negative and the interrogative. Et c'est de l'écriture sur un cahier, pas de polycopiés. 1 avec des phrases simples, puis des textes, puis des textes à trous. C'est très intéressant de voir le décalage d'enseignement par rapport à nos écoles. Je tiens à dire que ce soit en école ou en cours privés, c'est le même système. Et des enfants, complétement novices (ex chinois) n'ont aucun problème d'assimilation. Quant à la lecture, les enfants doivent lire des livres (suivant le niveau) et écrirent des petits textes de quelques lignes chaque jour. Ils doivent aussi s'adapter au son, en écoutant autant les chaînes anglaises, qu'américaines. On leur apprend la différence au niveau des faux-amis. Ah, j'oubliais l'alphabet. Il est écrit et prononcé à voix haute afin que chacun reconnaisse le son de chaque lettre Pour les nouveaux élèves, c'est un entraînement par 5 lettres, puis cumul. Pour ceux qui ont eu la chance de démarrer cet apprentissage tout petit(garden/jardin), c'est l'équivalent de la dernière année de la maternelle FR, l'acquis est total. Je pourrais vous écrire davantage d'exemples, mais je suis prise par le temps. Je vous ferai plus tard un commentaire sur les cadres, car je ne suis pas complétement d'accord avec ce que vous écrivez. Cordialement.
Commentaire n°5 posté par carole le 28/02/2009 à 03h33
Cher AD, Vous permettrez à un « citoyen » de s’exprimer sur les sujets que vous évoquez. Je suis globalement en accord avec vos conceptions de l’enseignement. C’est cependant sur quelques points que je voudrais faire entendre une différence. C’est une vérité absolue que l’objectif de l’apprentissage de la langue, c’est de communiquer. Communication orale, possibilité d’être compris par écrit par un étranger, possibilité de comprendre les écrits d’un étranger dans sa langue, que cet étranger soit Bernard Madoff ou William Shakespeare. Que le CECRL ait dénaturé ce terme de « communication » , c’est bien possible. Je suis bien d’accord avec vous que la maîtrise de la communication, ce n’est pas seulement savoir dire « passe-moi le sel », ni « combien vaut ce souvenir ? ». Si c’est ce qu’on veut vous faire admettre, il faut vous battre contre. Mais, la communication, c’est beaucoup plus que ce que vous caricaturez en parlant des cadres d’entreprises et des rudiments qui devraient leur être suffisants. J’en suis un, cadre d’entreprise, et je vous assure que si l’on s’en tient à l’anglais appris au lycée, nos relations internationales vont à la catastrophe !!! Pour que nous soyons crédibles auprès de partenaires étrangers, il nous faut beaucoup plus que quelques rudiments supplémentaires. Pour écrire un contrat non ambigu en anglais, il ne faut pas baragouiner, il faut maîtriser. En fait, pour les happy few qui ont pu en bénéficier, ce que l’on nous a fourni dans l’enseignement supérieur, dont nous n’avions pas disposé au lycée, c’est un enseignement massif de grammaire, de vocabulaire, de structures idiomatiques, de prononciation, de compréhension. Etait-ce rébarbatif ? Non. C’était dur et passionnant, passionnant parce que nous nous voyions progresser. Etait-ce lié à la littérature, à la belle langue ? Non, car nous n’étions pas encore au niveau pour cela : en Bac+1 et Bac+2, nous n’avions pas encore les outils pour apprécier en V.O. les belles lettres anglaises. Je crois qu’il y a un malentendu dans la formation des professeurs d’anglais et que l’enseignement de l’anglais ne progressera que lorsque ce malentendu sera levé, individuellement ou collectivement. Le professeur est formé à partir des beaux textes de la littérature, à partir de la « belle langue ». Lorsqu’il arrive dans sa classe, il a tendance, inconsciemment, à privilégier la littérature par rapport au fonctionnement trivial de la langue. Il faut absolument que le professeur ait l’humilité de ne s’intéresser pendant de nombreuses heures qu’au B.A BA de la langue, aux mystères de la prononciation, de la grammaire et de la compréhension. Ce travail ingrat et glorieux, voilà ce qui va réellement ouvrir aux élèves les portes d’un monde nouveau. Si, de surcroît, le professeur arrive à glisser un tant soit peu d’amour de la littérature, ce sera un plus. Mais, cela ne peut pas être un objectif principal. Ne jamais oublier l’objectif principal, la maîtrise de la langue.
Commentaire n°6 posté par ex-parent le 01/03/2009 à 09h14
Cher collègue, Je viens de découvrir votre site grâce au blog de JP Brighelli et je partage votre point de vue sur le CECRL. Professeur d'espagnol, agrégée stagiaire, j'ai enseigné à la fois en collège et en lycée et suis persuadée que ce cadre ne changera rien à la situation actuelle. Ayant préparé le concours interne en 2008, j'ai été obligée de m'intéresser de plus près à ce cadre et je trouve ce texte très dangereux. Malgré ses apparences humanistes, c'est à la taylorisation des esprits et de notre enseignement qu'il nous mène. Tout ce "découpage" en activités langagières et en compétences, sous-compétences etc. ne permet plus au professeur d'enseigner, de transmettre. Le professeur devient un évaluateur cocheur d'items, point barre. Depuis l'apparition de ce cadre, je vois ma liberté pédagogique diminuer comme peau de chagrin, et moi qui fais beaucoup intervenir l'intuition dans mon enseignement, cela devient carrément impossible. Tout l'aspect culturel et la formation intellectuelle de nos élèves ont été littéralement évacués. Il suffit d'observer les nouveaux manuels d'espagnol et notamment ceux de collège. Le monde hispanique n'est qu'une "toile de fond" exotique et sympathique où l'élève peut écrire ses SMS en toute liberté, comparer le prix d'un coca dans les différents pays d'Amérique Latine, militer avec Greenpeace pour sauver la planète etc. Je caricature à peine, l'enseignement de l'espagnol, c'est devenu ça: un mélange de "pédagogiquement correct" et de "politiquement correct". Ayant une conscience professionnelle, je me suis toujours refusée à céder aux sirènes des "modes" et de la démagogie. J'ai maintenu un certain nombre d'exigences et refuse le charabia même lorsque je corrige des compréhensions écrites où la qualité de la langue ne doit pas être prise en compte. Je me rends compte maintenant que je suis entrée en "résistance" mais je le fais pour mes élèves, pour que l'espagnol ne soit pas réduit à un simple "outil". Ce n'est pas facile, surtout lorsqu'il y a le couperet de la titularisation. Je souhaite une longue vie à votre blog et bon courage!
Commentaire n°7 posté par Maria le 02/03/2009 à 10h30
Un grand merci pour tous vos commentaires. Des réponses dans la prochaine note.
Commentaire n°8 posté par AD le 02/03/2009 à 13h11
Pour revenir à votre vue des cadres et l'anglais en entreprise. Vos informations sont erronées et font partie d'un cliché. Je ne sais d'où vous tenez vos sources. Savez-vous que ceux en général qui partent, doivent avoir entre 750 et 800 au Toic. Il est évident que pour certains une remise à niveau soit nécessaire, avec obligation de poursuivre des cours intensifs à leur arrivée, si lacunes trop importantes. De plus, on n'envoie pas des cadres (coût) pour uniquement palabrer au restaurant et utiliser 2 ou 3 mots/mail. Inutile de vous dire que négocier, développer, budgeter...... ne se font pas avec quelques mots d'usage. Il y a aussi la langue technique, le droit, et le market/money des taux de change d'un pays à l'autre....... Les cadres sont obligés de parler un anglais pointu, sinon c'est l'échec. Et n'oubliez pas qu'en face ces personnes, une panoplie de cadres étrangers (anglais langue des affaires) ne vont pas attendre que leur interlocuteur puisse maîtriser le b.aba. Il veulent des interlocuteurs solides et compétents. Effectivement, ce n'est pas avec l'anglais du lycée que les relations internationales prospèrent. Quand on en est conscient, on n'attend pas l'école, on choisi une autre voie. Cordialement.
Commentaire n°9 posté par carole le 02/03/2009 à 14h55
En réaction à la personne qui a signé "ex-parent": Vous dites (entre autres choses): "Pour que nous soyons crédibles auprès de partenaires étrangers, il nous faut beaucoup plus que quelques rudiments supplémentaires. Pour écrire un contrat non ambigu en anglais, il ne faut pas baragouiner, il faut maîtriser." et aussi: "pour les happy few qui ont pu en bénéficier, ce que l’on nous a fourni dans l’enseignement supérieur, dont nous n’avions pas disposé au lycée, c’est un enseignement massif de grammaire, de vocabulaire, de structures idiomatiques, de prononciation, de compréhension" Il faut bien se rendre compte que c'est justement contre ça que le CECRL nous emmène. J'ai personnellement entendu des défenseurs et autres évangélistes du CECRL lors de certaines réunions pour enseignants nous dire que les fautes ont moins d'importance du moment qu'on arrive à "communiquer", qu'il valait mieux dire à la gare "ticket, Paris" que d'essayer de dire "je voudrais un ticket pour Paris s'il vous plaît" sans y arriver. Bref, cette "approche" implique un nivellement par le bas, et si vous pensez qu'elle va contre l'enseignement insuffisant que vous avez reçu au lycée, vous vous trompez, elle va au contraire encore plus loin dans cette idée de l'apprentissage de l'anglais, avec la grammaire, (que vous n'avez vraiment étudiée que dans le supérieur) envisagée comme secondaire et intéressante uniquement dans un contexte utilitaire (et non plus comme la base indispensable de tout le reste). C'est ça qui est dangereux, et c'est pourquoi vos propos ne font que me conforter dans ce que je pense de cette approche faussement communicationnelle, et qui va faire encore plus de dégâts dans les capacités langagières de nos élèves. Comme le disait l'auteur de ce blog, avec les bases qu'on apprenait de manière classique autrefois, répétition, mémorisation etc, on pouvait parfaitement se débrouiller une fois à l'étranger, pour peu que l'entrainement venait par la suite consolider les savoir-faire. Ce qu'on veut nous faire faire, c'est un enseignement façon "guide de conversation", conçu pour la satisfaction immédiate des élèves (il faut qu'ils aient l'impression que ça leur "serve à quelque chose", sinon ces chers petits ne veulent pas apprendre) mais inefficace à long terme pour assimiler les bases indispensables du fonctionnement du langage, qui permettent, elles, d'aller plus loin par la suite. Il ne faut pas opposer enseignement par la littérature et par le CECRL. La littérature, ce n'est pas "la belle langue", d'ailleurs, enfin, du moins, pas toujours! C'est simplement la langue, et la rigueur, cette même rigueur justement dont vous aurez besoin dans vos échanges en anglais dans le cadre de votre travail... Le CECRL, ce n'est pas la rigueur, c'est l'à peu près et le "c'est pas grave". Si un élève dit " I no speak the japan" au lieu de "I don't speak japanese", on considère qu'il a fait passer son message et qu'il s'est fait comprendre, et donc cela est vu comme une compétence acquise! C'est cette façon à la mode de voir les choses, qui est bien antérieure au CECRL d'ailleurs (il n'en est qu'un aboutissement), qui explique que l'enseignement vous paraît insuffisant. Ce n'est pas le trop de rigueur littéraire qu'il faut blâmer, mais son insuffisance. Ca ne signifie pas apprendre Shakespeare, ça signifie apprendre la langue. Ensuite, c'est à vous de vous en servir pour toutes les situations de communication que vous voulez. Pour cela, pas besoin du style ampoulé du CECRL et de son approche pseudo-scientifique (on dirait un truc écrit par la scientologie!). De plus, la littérature offre toutes les situations humaines qu'on peut imaginer, bien plus même qu'en offre le CECRL... Au prof de savoir les repérer et de l'appliquer en classe. Mais il n'y a pas de raccourci pour atteindre la connaissance. Alors, s'il vous plait, ne faites plus l'erreur de cette opposition, comme quand vous dites: "Lorsque le professeur arrive dans sa classe, il a tendance, inconsciemment, à privilégier la littérature par rapport au fonctionnement trivial de la langue". C'est au contraire cette littérature qui permet d'approcher le fonctionnement trivial de la langue qui manque tant! Et c'est l'approche pseudo-communicative qui vous en éloignera.... Le problème avec ce que vous appris au lycée n'est pas d'en avoir fait trop, mais pas assez... C'est comme si vous disiez, "je suis sorti du restaurant en ayant faim". Vous en concluez que ce que vous avez mangé vous a donné faim! N'est-ce pas plutôt parce que vous n'en avez pas assez mangé? Et tout à coup, le CECRL, le fast-food de l'enseignement des langues, arrive, et il vous dit "prenez ce hamburger, ça c'est utile, car vous n'aurez plus faim". sauf que vous ne serez pas vraiment "nourri"... et c'est ce que vous constatez maintenant. Mais ne vous trompez pas de "régime alimentaire" pour autant...
Commentaire n°10 posté par Cyrano le 03/03/2009 à 13h42
Réponse à Carole
« Apprendre une langue à des seules fins de communication, voilà qui est d'une grande tristesse. »
Pourquoi parlons- nous si ce n’est pour communiquer ? N’est-ce pas la fonction première de l’apprentissage d’une langue? Il faut juste graduer la difficulté, tout n’est qu’une question de bon sens ! En effet, un élève de 6° ne peut pas s’exprimer comme un élève de terminale ! Nous profs, ne pouvons donc pas avoir les mêmes exigences ! Cela ne veut pas dire pour autant que nous ne faisons pas un enseignement de qualité

« Une toute petite phrase résume tout : "On a construit leur échec". Echec de l'école ou l'on se contente de la médiocrité. Ce n'est pas l'échec des enfants, qui le supporteront toute leur vie, c'est l'échec d'un système pourri, qui sous prétexte d'égalité et de générosité envers les plus faibles, a fait qu'aujourd'hui des milliers d'élèves en France sont incapables de s'exprimer, d'analyser, d'apprendre tout simplement. »
Alors là, je ne suis pas du tout d’accord ! Vous faites comme si NOUS profs n’avions pas notre mot à dire !
JE crois SINCEREMENT que pour éviter ces dérives justement, il nous faut utiliser CORRECTEMENT les outils qu’on nous donne. NE prenons pas pour argent comptant ce que nous dit un tel ou un tel. Ce ne sera que sa vison des choses. VOUS critiquez les nouvelles méthodes mais à aucun moment vous ne proposez de solutions…. Je crois qu’au contraire il faut mieux analyser ce qu’on nous demande et palier aux manques en utilisant ce que nous savons le mieux faire à savoir des astuces pour faire apprendre nos élèves….J’ai les mêmes convictions que vous et je me bats au quotidien pour les mettre en œuvre. JE crois qu’au lieu de crier, critiquer et de se disperser, on devrait pointer du doigt les problèmes et chercher des solutions pour les résoudre… LE CECRL est très flou ! A nous d’en faire une lecture qui nous permette une mise en oeuvre dans la classe qui nous convienne et nous sied…

« Echec dû au non apprentissage de la langue maternelle. Ni vocabulaire, ni conjugaison, ni grammaire.......(sans parler des maths) et après on veut leur enseigner à ces pauvres élèves une langue étrangère. C'est un combat perdu d'avance. »
Pas si sûr. J’ai d’abord fait ce constat là et me suis demandée comment on pourrait y remédier. Avec le collègue de Français de mon collège, on a décidé de s’appuyer sur l’anglais pour leur faire mieux maitriser certains concepts dont ils auront besoin pour l’épreuve du DNB….On s’est d’abord mis d’accord sur les termes qu’ils devaient employer car le problème vient aussi du fait que le lexique utilisé est parfois différent d'une langue à l'autre , si bien que les élèves ne peuvent retrouver l’équivalence. Je dois avouer que ça commence à porter ses fruits…Et c’est évident. On se sert bien de la similitude de structures du comparatif avec le superlatif pour facilité la compréhension de ce dernier. Idem avec la similitude entre la fonction de l’auxiliaire (pour la forme négative ou interrogative) qui prend la marque du temps au présent ou au passé et se transforme…. LE problème s’est que nous ne prenons pas tous le temps de le faire car il est plus facile peut être de dire qu’il est trop tard… Au moins on n’a pas l’impression d’être responsable…

« je n'ose dire "petit nègre", car quand j'entends certains petits africains qui sont à l'étranger, ils maîtrisent nettement mieux le français et l'anglais que nos élèves de métropole. »

Faites attention à vos propos ! Ils pourraient être blessants et très mal pris !

« Le CECRL transmet malhonnêtement des consignes qu'ils savent légères, car ils savent que le niveau général est à la baisse. »
A mon avis, il s’agit plus d’une incompréhension de ce qui est attendu d’eux que d’une malhonnêteté intellectuelle. A mon avis, aucun prof ne veut faire de l’anglais de bas niveau ! C’est pourquoi il y a autant de mal-être et de rébellion et de résistance chez certains ! D’autres, plein de bonne volonté, essaient maladroitement de mettre en place ce qu’un formateur ( mal formé lui aussi ) avait pu leur transmettre. Le problème vient du fait qu’il y a très peu de formation de formateurs…d’où ce flou artistique….qui nuit à la qualité de l’enseignement.
ARRETONS donc de faire de la résistance et d’appuyer nos arguments sur des incohérences que font certains collègues comme celles de ne pas faire apprendre les nombre avant de passer à l’apprentissage de l’heure! Servons nous de notre savoir faire et de notre intelligence pour au contraire chercher et trouver des solutions qui permettront de remonter le niveau… sans laisser personne pour compte… Car pour moi un élève est en difficulté justement parce que lui aussi a du mal à s’adapter… Ce n’est pas toujours parce que c’est un « bon à rien »
Commentaire n°11 posté par Mrs Cadot le 05/03/2009 à 20h25
"Le CECRL, ce n'est pas la rigueur, c'est l'à peu près et le "c'est pas grave". Si un élève dit " I no speak the japan" au lieu de "I don't speak japanese", on considère qu'il a fait passer son message et qu'il s'est fait comprendre, et donc cela est vu comme une compétence acquise! "
Qui a dit cela! Il va peut être valider un item de A1( fin de CM2 ou début 6°) mais n'ira pas plus loin!!!
En fait, le problème vient encore d'une confusion entre apprentissage et évaluation! Nulle part il est dit cela. On attend de l'élève qu'il dise effectivement " I don't speak Japanese" ( avec majuscule, comme pour toutes les nationalités) c'est l'objectif à atteindre. Cependant s'il n'y arrive pas et dit " I no speak the Japan" on ne lui dira pas "tu ne sais pas parler! t'es vraiment trop nul" On lui dira, tu confonds le pays et la nationalité et tu dois encore travailler la forme négative car tu ne la maitrise pas encore " On lui montre juste qu'il sait quand même des choses (si infimes soient-elles) et on lui dit ce qui lui reste à apprendre justement dans le but de le faire progresser.. On fixe ensuite avec lui des "objectifs réalisables et atteignables" en lui montrant qu'il ne part pas de zéro... La motivation sera donc plus grande car il ne se retrouve pas avec l'impression de tout avoir à refaire et l'impression que la tâche est insurmontable...En tout cas, contrairement à ce que vous laissez croire, ça ne remet pas en cause le niveau général des élèves car l' auteur de cette production n'aura de toute façon pas une bonne note même avec l'évaluation positive du CECRL! On dit positive, car on s'appuie sur ce qu'est capable de faire l'élève , on ne donne pas de points quand il ne sait pas faire. Contrairement à ce que vous semblez laisser croire, la grammaire, le lexique, la phonologie sont TOUJOURS pris en compte dans l'évaluation du CECRL. On y ajoute en plus la réalisation de la tâche c'est à dire si l'élève arrive à faire passer son message ou pas !Donc en fait, on évalue s'il arrive à utiliser à bon escient et efficacement le lexique, grammaire, phonologie... qu'il vient d'apprendre! Pour moi c'est très logique. On n'évalue pas seulement des savoirs, on évalue aussi la capacité de l'élève à les utiliser... En quoi est-ce que ça remet en cause la qualité de notre enseignement?
Commentaire n°12 posté par Mrs Cadot le 05/03/2009 à 20h59
Chère miss Cadot,
Merci de m'avoir répondu aussi longuement.
Mais que vous soyez d'accord ou pas, dear miss Cadot, ese asi.
Quant à mes propos "....petit nègre.....", ils ne sont en rien blessant ou discriminatoires (je sais, c'est la grande mode en France). Et votre remarque me désespère. Je suis à mille lieux de notre pays, et croyez-moi tous ces pbs, me passent au dessus de la tête.
Le seul qui me préoccupe est celui de l'école. Et très sincèrment le blog d'AD me plaît car il défend une certaine idée de l'enseignement qui me convient.
Cordialement.
Commentaire n°13 posté par carole le 27/03/2009 à 19h51

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