Mardi 3 mars 2009 2 03 /03 /Mars /2009 00:30

Tout d'abord, je tiens à remercier tous ceux qui sont passés ici pour commenter ces premières notes. Il me semble nécessaire de clarifier quelques-uns de mes propos, ainsi que, peut-être, ma démarche.

Jeune professeur, je me sens loin de détenir une quelconque vérité absolue sur l'enseignement de l'anglais. Si je donne l'impression d'avoir quelques certitudes, je me pose néamoins bien des questions. Autour du même thème... comment faire progresser mes élèves ?

J'imagine que tout le monde a compris que je ne rejette pas l'idée qu'une langue sert, en très grande partie, à communiquer. Je m'inquiète juste de l'idée de communication au sens du CECRL, le fameux Cadre Européen Commun de Référence pour les langues.

Je part du principe que pour communiquer efficacement et avec élégance, un certain niveau de maîtrise linguistique est nécessaire. En tant que professeur de langue, je souhaite me concentrer sur la dimension verbale de la communication, plutôt que sur les 80% de non-verbal. Le paradoxe de la méthode actuelle est qu'en mettant la communication au centre du cours d'anglais, elle tend à rejeter la langue (lexique, grammaire, phonologie, etc.) aux marges. 

Un cours réussi est un cours où les élèves ont communiqué, même "mal" (en faisant des fautes, en s'aidant des mains). Je m'en inquiète. Et même s'il n'est pas exclu de se faire comprendre ainsi dans "la vraie vie", je me demande en quoi devrions-nous nous contenter de ça à l'école. D'où ma comparaison avec les "rudiments du cadre" qui part en voyage avec une trousse de secours en anglais. Je ne parlais pas des directeurs de haut niveau qui, eux, sont passés par les grandes écoles et possèdent un bagage  grammatical, lexical et culturel digne de ce nom.

Je ne suis venu à l'enseignement que tard, après une prépa HEC, une grande école de commerce, quelques années en entreprise à l'international et... l'agrégation d'anglais, un vieux rêve. On ne peut donc pas m'accuser de n'avoir été qu'à l'école et de ne rien connaître d'autre.

J'ai largement eu l'occasion d'observer mes collègues dans leurs aventures communicationnelles diverses et variées. Les meilleurs d'entre eux sont d'anciens bons élèves qui ont, au cours de leur scolarité, non pas fait des heures et des heures de "communication" plus ou moins bidon mais intériorisé une langue solide. Notamment... des règles de grammaire. Sur ces bases, avec de l'entraînement, ils ont développé leurs aptitudes à déchiffrer les contrats, rédiger, budgéter - the whole nine yards quoi.

Je remarque que le CECRL ne sait pas se présenter autrement qu'en disant que la grammaire n'est pas important, que c'est un outil, bref, quelque chose de finalement assez secondaire.

Je ne suis pas un ayatollah de la grammaire et de l'orthographe. Mais avouons qu'en deça d'un certain niveau dans ces domaines, il n'y a tout simplement plus de langue du tout. Ou alors celle du sauvage.

A mes yeux, les exercices de grammaire sont à l'élève ce que les gammes sont au pianiste. Pas une fin en soi, certes, mais un sacré bon moyen d'améliorer sa technique et sa souplesse ! Reste ensuite l'étude du morceau proprement dit (des documents motivants, de bon niveau, avec des activités langagières bien pensées) et - enfin ! - le concert (la communication ou réinvestissemet de ce qui a été vu).

L'approche du CECRL, c'est de mettre directement l'élève en situation de concertiste, sous prétexte que faire des gammes ou étudier longuement une partition n'est pas ou plus assez motivant. Et d'évaluer ultra-positivement tout ce qui est produit sur cette scène, même si la prestation n'a objectivement que peu de valeur... en raison même du manque d'entraînement et d'intériorisation de l'élève au préalable !

Quant à la littérature... mes élèves sont essentiellement des généralistes, pas de futurs spécialistes de technique littéraire. Je ne consacre évidemment pas tous mes cours à "faire de la compréhension de l'écrit" et ne limite pas cette dernière aux "belles lettres anglaises". Néanmoins, mes élèves, qui n'ont aucun intérêt a priori pour la lecture, apprécient la lecture en V.O, douloureuse au début mais tellement gratifiante par la suite. Aussi, les "beaux textes" ne sont pas synonymes de "textes difficiles". Candide est un texte aussi formateur que magnifique, sans être spécialement difficile. Idem pour Bel Ami. Voilà pourquoi on les enseigne sans trop de problèmes au lycée et qu'ils participent de la construction de générations entières.

J'utilise beacoup d'autres supports néanmoins : chansons, poèmes, extraits d'émissions de radio, reportages CNN, etc. Mais il est important, à mes yeux, de leur faire comprendre que tout ne se vaut pas. Que lire Animal Farm d'Orwell en V.O est une expérience d'un autre calibre que la presse Murdoch.

Les élèves sont-ils ainsi prisonniers de mes propres goûts et représentations ? Sans doute. Mais je préfère les amener dans ma sphère (qu'ils pourront allégrement dépasser ou critiquer plus tard) que de les maintenir dans la leur.  Si moi, leur professeur d'anglais en lycée, je ne leur parle pas un peu de Shakespeare, Dickens ou Mark Twain... qui le fera ?

Et si nous nous contentions de leur donner des bases linguistiques solides pour l'avenir ? Plutôt que de viser, en 2 ou 3 pauvres heures par semaine, de former des concertistes qui ne font ni de gammes, ni d'études de partitions ?

Un objectif se doit d'être réaliste et atteignable.


Par AD
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Commentaires

Bien dit! J'utilise moi-même souvent l'image des gammes que le pianiste doit apprendre pour pouvoir plus tard donner son concert. Cela peut sembler long et ennuyeux et démotivant à certains, mais la récompense est là, au bout du travail. Et le plaisir aussi. C'est toute la définition de l'apprentissage, et de l'enseignement.
Commentaire n°1 posté par Cyrano le 03/03/2009 à 01h57
De deux choses l'une: soit les directives du CECRL sont inspirées par le courant "pédagogiste" (qui a déjà tué la langue française à l'école) soit c'est tout simplement du pragmatisme ? Pas rassurant, mais logique. Après tout, les élèves actuels ont tellement perdu d'heures de français depuis 20 ou 30 ans qu'ils ne savent plus que communiquer (et encore, avec un vocabulaire bien pauvre) et peinent à écrire correctement, l'orthographe, la grammaire et la conjugaison n'étant plus enseignées ni méthodiquement ni systématiquement. Comment pourriez-vous exiger qu'un élève écrive en anglais sans fautes alors qu'en français on ne le lui demande plus ? comment voudriez-vous lui enseigner la différence entre le preterit et le present perfect s'il ne maîtrise pas lui-même les différents temps du passé en français - à condition qu'on les lui ait appris ? (mes enfants même au collège n'ont jamais étudié ni le passé antérieur ni le futur antérieur de l'indicatif ni les temps passés du subjonctif ou du conditionnel - alors que dans les années 60, on m'avait enseigné tous les temps dans tous les modes en CM1-CM2). La littérature est à l'avenant: à force de supprimer les auteurs classiques (trop difficiles - sauf Molière qui résiste encore) et de les remplacer par des romans plus récents (plus courts et sans vocabulaire compliqué), comment pourriez-vous intéresser vos élèves à Dickens ou à Shakespeare ? Alors, accrochez-vous ! Et bon courage !
Commentaire n°2 posté par Claribelle le 03/03/2009 à 15h26
Bonjour, je comprends parfaitement vos propos et je dirais même que je suis sincèrement ravie de cette discussion finalement car vous défendez exactement les idées pour lesquelles je me bats et qui m’ont poussée à créer le blog que vous décriez tant… Ne le prenez pas mal mais il y a beaucoup d'inexactitudes dans vos propos concernant la mise en application du CECRL dans la classe de langue... Mais c'est parfaitement compréhensible.. Il y a une confusion entre le CECRL ( basé sur l'évaluation ) et les IO ( orientées vers la pédagogie) Et c’est justement parce qu’un grand nombre de profs a une méconnaissance de ce qu’implique l’approche actionnelle et l’évaluation avec le CECRL, une incompréhension de ce que ça peut impliquer pour nous prof… que tout et n’importe quoi est dit au sujet du CECRL… C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’essaie de montrer dans mon blog, par des exemples pratiques comment j’arrive à l’appliquer dans mes classes tout en préservant un niveau de langue de qualité. Car c'est à mon avis le combat que nous défendons tous... Je vais illustrer mes propos en partant de vos affirmations, si vous le voulez bien ( je ne veux pas être agressive, juste constructive) « Si je donne l'impression d'avoir quelques certitudes, je me pose néamoins bien des questions. Autour du même thème... comment faire progresser mes élèves ? » Je crois que tous les profs veulent trouver des solutions à ces questions…n’est ce pas l’essence même de notre métier ? En tout cas, c’est l’une des raisons pour lesquelles j’ai créé le blog que vous décriez tant…Il a au moins le mérite de donner des pistes et quelques solutions… « Le paradoxe de la méthode actuelle est qu'en mettant la communication au centre du cours d'anglais, elle tend à rejeter la langue (lexique, grammaire, phonologie, etc.) aux marges. » Mais absolument pas ! Je crois que vous avez mal interprété ce qui est attendu du prof. Pour communiquer il faut absolument avoir du lexique et de la grammaire…Vous confondez CECRL et IO … Vous faites comme si les IO validaient TOUT le contenu du CECRL… C’est archi-faux… Justement… NULLE PART dans les IO, il n’est dit que « Un cours réussi est un cours où les élèves ont communiqué, même "mal" (en faisant des fautes, en s'aidant des mains). Je m'en inquiète. » Qui a dit cela ? En fait la grande confusion vient du fait que la majorité des profs croit que TOUT le CECRL est a appliqué tel quel! CE n’est pas le cas. Pour votre information, l’éducation nationale française n’a ABSOLUMENT PAS validé tout le CECRL… Elle n’en prend qu’une partie… Notamment l’approche actionnelle ! Nous sommes des profs, notre rôle est donc bel et bien de faire apprendre la langue à nos élèves et non pas de les faire devenir des mimes….( ça c’est dans le CECRL pas dans les IO !) ni même de les évaluer sans leur avoir rien enseigné…. Le problème avec le CECRL c’est qu’il propose des méthodes d’évaluation d’un niveau général ce n’est pas une méthode de cours ni d’évaluation après la séquence. C’est REELLEMENT ce qui déstabilise les profs. Quand vous avez le critère évoqué plus haut, c’est juste pour évalué le niveau d’un élève, A1 pas pour dire au prof que c’est ce qui est attendu de lui….. « Je ne suis pas un ayatollah de la grammaire et de l'orthographe. Mais avouons qu'en deça d'un certain niveau dans ces domaines, il n'y a tout simplement plus de langue du tout. Ou alors celle du sauvage » MAIS entièrement d’accord !!! je vous le démontre ci-dessous « Je remarque que le CECRL ne sait pas se présenter autrement qu'en disant que la grammaire n'est pas important, que c'est un outil, bref, quelque chose de finalement assez secondaire. » Désolée mais vous faites des confusions… j’explique : Nous, profs, avons et DEVONS toujours enseigné la grammaire, PERSONNE n’a jamais nié cela ! Ce ne doit ABSOLUEMENT pas être secondaire. Dans l’approche actionnelle, il est juste dit que « ce ne doit pas être non plus une fin en soi »… Vous le dites d’ailleurs vous-même plus loin dans votre message. C’est donc que vous êtes d’accord…. C’est évident que pour parler il faut des mots. Et que ces mots doivent être reliés entre eux par la grammaire qui en est le ciment… QUI DIT LE CONTRAIRE ? L’approche actionnelle préconise juste d’avoir un contexte qui mettre en scène les savoirs et les savoir-faire, parce que pour les utiliser, il faut d’abord avoir quelque chose à dire d’une part et d’autre part le contexte permet aux élèves de mieux en comprendre l’utilité… « A mes yeux, les exercices de grammaire sont à l'élève ce que les gammes sont au pianiste. Pas une fin en soi, certes, mais un sacré bon moyen d'améliorer sa technique et sa souplesse ! Reste ensuite l'étude du morceau proprement dit (des documents motivants, de bon niveau, avec des activités langagières bien pensées) et - enfin ! - le concert (la communication ou réinvestissemet de ce qui a été vu). » « L'approche du CECRL, c'est de mettre directement l'élève en situation de concertiste, sous prétexte que faire des gammes ou étudier longuement une partition n'est pas ou plus assez motivant. » Mais ce n’est pas du tout pour cela… La démarche que vous proposée est la même mais vous prenez les choses dans un autre sens que celui proposé par l’approche actionnelle : C’est peut être là que nos points de vue diverge. Pour moi, afin de motiver davantage l’élève, afin de lui donner l’ envie d’apprendre « la gamme » , je lui dis juste d’abord à quoi ça va lui servir. Je lui dis juste, comme le préconise l’approche actionnelle : « Tu vas devoir jouer « tel morceau » ( la tâche finale) à la fin de la séquence et pour cela tu vas devoir savoir telles notes (lex), tels accords (grammaire), les sons produits (phonologie) » En fait, au lieu d’apprendre les notes d’abord, puis les accords, pour enfin jouer un morceau….. l’élève peut jouer beaucoup plus rapidement et garder ainsi sa motivation et son désir d’apprendre…. C’est moins frustrant car il voit tout de suite à quoi ça sert, « ça lui parle ». Nous n’avons plus le même public qu’avant. Avant les élèves suivait le prof de bonne grâce sans jamais demander où il les amenait. Aujourd’hui c’est différent, les élèves VEULENT savoir à quoi ça sert ce qu’ils apprennent. Ils sont curieux. Leur vision des choses à changer car le monde a changé. L’institution s’adapte donc au niveau public, ce qui n’implique pas du tout que le niveau d’exigence doit en pâtir. EN tout cas, MOI aussi, contrairement à ce que vous voulez laisser croire, je me bats contre cela ! Cette approche, a en outre l’avantage, pour chaque « morceau à apprendre » non seulement de permettre à l’élève de réutiliser les acquis précédents ( donc la fixation des acquis) mais de s’appuyer dessus pour construire et faciliter parfois l’acquisition de nouveau savoirs et savoir-faire… L’approche actionnelle n’a donc d’autre but que d’éviter que justement la grammaire soit une fin en soi…. Le contexte permet à l’élève de comprendre à quoi ca sert d’apprendre le lex, la grammaire , la phonologie… « Et d'évaluer ultra-positivement tout ce qui est produit sur cette scène, même si la prestation n'a objectivement que peu de valeur... en raison même du manque d'entraînement et d'intériorisation de l'élève au préalable ! » Il ne s’agit en aucun cas d’évaluer ultra-positivement… et de surestimer l’élève. Quand on parle d’évaluation positive, ca veut juste dire qu’au lieu de montrer a l’élève ce qu’il n’a pas été capable de faire, on lui dit ce qu’il a été capable de faire … Qu’est ce » que ça change ? Et bien beaucoup JUSTEMENT !CA lui permet ainsi de voir où il en est dans son parcours et donc ce qui lui reste à parcourir pour arriver à l’objectif… Au lieu de dire à l’élève qu’il n’y arrive toujours pas car il n’a pas su faire ca, ca et ca (sous entendu : « que t’es nul mon pauvre!) » …on lui dit : « tu as pu faire ça , ça et ça, bravo c’est déjà ça MAIS ce n’est pas suffisant. Désormais, il te reste encore ça , ça et ça.. . Cette vision a une importance dans la confiance en soi. Vous aurez de meilleurs résultats au niveau de ce que peut produire un élève si vous lui montrez déjà le chemin parcouru… L’objectif lui semblera plus réalisable moins insurmontable et il sera plus motivé pour l’atteindre… car il voit ses PORGRES ! Autrement, il se démobilise devant l’accumulation de tout ce qu’il ne sait pas faire car il a l’impression que la tâche est INSURMONTABLE… car comme vous le dites très JUSTEMENT « Un objectif se doit d'être réaliste et atteignable. » L’avantage de cette évaluation, c’est quelle permet de faire prendre conscience à l’élève de son niveau et montre même aux plus faibles, qu’ils arrivent à faire des choses quand même… Ca leur donne une image plus positive d’eux-mêmes et de leurs capacités… d’où le nom d’évaluation positive car .. Il faut juste à mon avis adapter l’objectif en fonction des élèves… « Candide est un texte aussi formateur que magnifique, sans être spécialement difficile. Idem pour Bel Ami. Voilà pourquoi on les enseigne sans trop de problèmes au lycée et qu'ils participent de la construction de générations entières. » J'utilise beacoup d'autres supports néanmoins : chansons, poèmes, extraits d'émissions de radio, reportages CNN, etc. Mais il est important, à mes yeux, de leur faire comprendre que tout ne se vaut pas. Que lire Animal Farm d'Orwell en V.O est une expérienc
Commentaire n°3 posté par Mrs Cadot le 03/03/2009 à 18h38
Chère Madame Cadot, Je n'ai jamais, à ma connaissance, "décrié" votre blog. Nous y échangeons des points de vue, de façon parfois véhémente certes, mais je ne décrie pas VOTRE blog en soi. Vous trouvez que les "profs" font des confusions sur le CECRL. Mais l'ouvrage est en effet très confus. Et sous un amas de bonnes intentions que personne n'irait contester, il me donne l'impression de passer à côté de ce que l'apprentissage d'une langue devrait être. Comme je l'ai déjà écrit, je me méfie des "tâches" et "projets" qui ont tendance - je l'ai hélàs vu - à phagocyter l'apprentissage et la pratique de la langue elle-même au profit du jeu. Remarquez, j'ai appris non sans plaisir que certaines de mes activités de classe étaient des "tâches finales" (s'envoyer des e-mails en 2de pour travailler le questionnement, réciter un poème, écrire un dialogue pour doubler un dessin animé, etc.) Je reste cependant archi-vigilant sur la correction de la langue. Personne ne semble leur avoir expliqué que faire des fautes, c'est VRAI un problème... Ces mêmes secondes me sont arrivés en début d'année complétement destructurés. J'ai du me battre avec eux pendant 6 mois pour mettre en place un début de grammaire et d'apprentissage systématique de vocabulaire, sans pour autant se passer de documents motivants. Ca va mieux, mais de toute évidence les exigeances n'étaient pas là au collège. A présent, on lit une nouvelle de 5 pages, en élucidant le lexique, à l'ancienne. On fait du thème systématique. C'est scolaire mais ils adorent ça, voir qu'ils sont capables de traduire. Et ça marche...
Commentaire n°4 posté par AD le 03/03/2009 à 19h22
"Comme je l'ai déjà écrit, je me méfie des "tâches" et "projets" qui ont tendance - je l'ai hélàs vu - à phagocyter l'apprentissage et la pratique de la langue elle-même au profit du jeu. " J'aimerai que vous me donniez un exemple concret de ce que vous "avez hélas vu". Ce n'est pas pour faire de la polémique, c'est juste parce que je ne vois pas ce vous entendez par là. Quel jeu? La tâche(vous en donnez des exemples concrets ) donne juste un cadre aux apprentissages... Elle justifie, le besoin de savoir maitriser le lexique, la grammaire.... On apprend toujours comme avant sauf que les apprentissages sont thématisés et contextualisés...Avez vous vu le diaporama que je propose à mes stagiaires pour leur donner un exemple de mise en oeuvre du CECRL dans la classe? Je serai très intéressée par vos remarques... Cordialement
Commentaire n°5 posté par Mrs cadot le 03/03/2009 à 20h20
Je l'ai vu à l'iufm où une formatrice "collège" nous a fait faire une grenouille en papier pendant une heure... en donnant de vagues instructions en anglais et en nous disant fièrement qu'elle faisait faire la même chose à ses élèves. C'était tout simplement affligeant. Personnellement, ça m'a vraiment choqué. Heureusement que notre formatrice "lycée" nous faisait travailler sur la mise en place d'activités vraiment axées sur la langue. Autre exemple : une collègue en collège en ZEP. Tâche finale en 6è, réaliser un poster de ton chanteur préféré. Désolé, mais : 1 - le monde anglophone ne manque pas de points de civilisation intéressants. Pourquoi doit-on souffrir une description de Disiz la Peste ? 2 - Sur le "poster" en question : même pas 10 mots d'anglais, avec des fautes. "Disiz his job is singer" 3 - Beaucoup de temps passé à faire du découpage, du coloriage, et peu ou pas de langue. Pourquoi ne pas investir ce temps précieux dans la pratique de la langue ? Ma crainte, comme le montre ce genre de "dérive actionnelle", c'est que la dimension extra-langagière du projet ne l'emporte sur la langue. Que le ludique l'emporte sur le travail. Je vais relire votre powerpoint sur la mise en place du CECRL.
Commentaire n°6 posté par AD le 03/03/2009 à 21h38
@ Claribelle : en effet, nous subissons les dommages collatéraux du français. Comment expliquer la concordance des temps en anglais lorsqu'ils ne savent pas ce que c'est en français ? Ecrire correctement n'est plus obligatoire en français, alors imaginez en anglais. Globalement, la rigueur langagière n'a plus d'importance on dirait.
Commentaire n°7 posté par AD le 03/03/2009 à 22h12
Bonjour, Plusieurs réactions, en vrac. D'abord, par rapport au pilotage par la tâche. Si on lit les documents d'accompagnement des programmes en espagnol, cela aboutit à des projets totalement farfelus, ex: emmener vos élèves à la cantine du collège pour leur faire faire des recettes espagnoles du type tortillas de patatas ou macédoine de fruits. Je ne m'étendrai pas sur les problèmes d'hygiène et de sécurité que suppose une telle tâche. Entendu dans un stage, une autre tâche: demander aux élèves, dans le cadre d'une production écrite, de se prendre pour Christophe Colomb et d'écrire une lettre à des proches pour leur raconter la découverte de ce qu'il croyait être les Indes. Imaginez un peu le tissu d'erreurs à l'arrivée, anachronismes et autres... surtout que Colomb était génois et avait fait écrire ses chroniques par quelqu'un d'autre. Comment un élève de seconde peut-il maîtriser la langue de la fin du XV??? Bon voilà des exemples de tâches absolument infaisables pour tout prof un tant soit peu sérieux. Les profs censés se tournent vers des tâches plus "classiques" mais, finalement, celles-ci sont plus limitées: rédaction d'un e-mail, rédaction d'une lettre, création d'un dialogue... tout cela est finalement assez réduit et finit aussi par lasser les élèves. Cette année, comme je suis stagiaire, j'essaie de me plier un minimum à tout cela, afin d'être titularisée sans problèmes. Je constate les dégâts de toutes ces méthodes constructivistes, notamment en terminale. Je suis gâtée, cette année j'ai trois terminales. Comme ils sont bien gentils, en fin de séquence je les évalue et en général, les résultats sont corrects car ils connaissent d'avance la tâche finale. Le problème se pose lors des bacs blancs: face à l'inconnu, ils sont totalement perdus et en début d'année ne comprenaient pas le décalage entre leurs résultats de fin de séquence et leurs notes aux bacs blancs. Donc, je suis obligée d'organiser de nombreux bacs blancs en dehors des cours sinon, dans le cadre de ces tâches, ils ne seraient pas correctement préparés. Les élèves de term sont d'une lucidité incroyable et vous renvoient à la figure ce que certains profs de collège devraient entendre: "madame, en fait on a tout vu mais on n'a rien appris". Entendre cela vous fait remettre les pendules à l'heure et retourner au bon sens. Je leur donne donc en douce des tuyaux qu'ils auraient dû avoir avant et cela me demande un boulot énorme. Par ailleurs, je me pose des questions quant aux bienfaits théoriques de la fameuse "séquence". Certes, il me semble naturel de rapprocher certains supports autour d'une unité thématique mais en ce qui concerne l'acquisition des règles grammaticales (elles sont nombreuses en espagnol, pas de bol!), le système de la séquence ne me semble pas idéal. En effet, les savoirs des élèves sont trop parcellisés, compartimentés, ils n'ont pas de vision globale du fonctionnement de la langue. Ex: en collège, il nous est demandé de ne pas donner les 6 personnes à la fois, pour les conjugaisons au présent de l'indicatif. On doit les donner par petits bouts, résultat, ils ne maîtrisent que très tard l'intégralité de la conjugaison d'un verbe. Reconnaissez que c'est quand même embêtant, même pour une conversation courante. Lors des réunions pédagogiques, il est très mal vu de remettre en cause un certains nombre de choses: tout le monde doit être satisfait du fonctionnement en séquences et du CECRL, personne n'a le droit d'émettre un avis un peu critique, c'est cela qui m'exaspère. Cette loi du silence est franchement étouffante et ne fait guère avancer les choses dans le bon sens, on fait comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes. J'aurai encore d'autres choses à dire mais je reviendrai plus tard.
Commentaire n°8 posté par Maria le 04/03/2009 à 11h15
Comment ne pas abonder dans votre sens, Maria ? Bizarrement, cette "loi du silence" va de pair avec le fameux "travail en équipe" dans lequel on prend des décisions pédagogiques à plusieurs après discussion plutôt que seul après réflexion. Résultat : c'est le plus fort qui l'emporte, et le plus fort c'est celui qui porte la voix de l'Institution. La volonté de s'imposer par un "projet" plus ou moins farfelu, plus ou moins utile, l'emporte sur le professeur de bon sens qui voudrait, dans un temps hélas limité, transmettre quelque chose de précis et de concret à ses élèves. Scolaire est devenu synonyme de ringard. L'espagnol a, paraît-il, longtemps resisté aux dérives pédagogistes. Peut-être en raison d'un travail grammatical en effet très lourd. Mais j'ai l'impression que ce temps-là est révolu...
Commentaire n°9 posté par AD le 04/03/2009 à 13h15
Bonjour,
Je comprends désormais beaucoup plus clairement vos reproches et vos remarques. En fait, (désolée de me répéter) le problème vient vraiment d'une mauvaise interprétation du CECRL ( assez complexe il est vrai) souvent dispensée dans des "formations" bancales" ( car souvent mise en place sans que le formateur lui même n'ait été formé au préalable!) . Ces formations à la « va-vite » donnent, de ce fait, une très mauvaise image de ce qu'on peut faire avec le CECRL et provoque plutôt la réticence chez certains collègues voire même de la colère...Tout ceci étant amplifié par ce sentiment de frustration que vous soulevez. Vous n'OSEZ pas parler et critiquer..Je pense que vous avez TORT de ne pas parler..Au contraire! Si vous n'aviez pas développé vos propos avec moi, jamais je n'aurai essayé de voir où était le problème! Je ne comprenais pas ddu tout où vous vouliez en venir… Le conseil que je pourrais vous donner c'est juste d'essayer de ne pas tout rejeter en masse mais de chercher des solutions pour palier à ces manques... Vous avez le droit de ne pas TOUT accepter mais je pense que pour faire avancer les choses il ne faut pas non plus TOUT critiquer sans JAMAIS rien proposer pour remédier à cela... En tout cas, la prochaine fois que vous aurez en face de vous un formateur " pas très crédible", parce pas assez formé et qui privilégiera le découpage aux apprentissages, faites lui part (sans agressivité ni sarcasmes), de vos réflexions très pertinentes. Cela lui fera sûrement prendre conscience des réelles faiblesses du CECRL et lui permettra de proposer des solutions pour y remédier lors de prochains stages... C'est vraiment pour toutes ces raisons là, que je fais partager ma lecture du CECRL à TOUS. Ca fait désormais 5 ans que j'anime des stages, et au début je maitrisais beaucoup moins bien que maintenant (Je n’avais pas reçu moi non plus de formation)! Moi aussi je suis tombée dans ces pièges mais personne ne l'a su car avant de montrer ce que je faisais avec le CECRL, j'ai beaucoup écouté les remarques et critiques que mes collègues me faisaient remonter. J’ai beaucoup appris des dérives que cela pouvait entraîner lorsque je le mettais en pratique dans mes classes. J’ai donc pu prendre du recul afin de l'adapter au mieux par rapport à ce qui me semblait le plus important ... Mon blog est mon terrain d'expérimentation. Je ne voulais pas du tout imposer ma vison du CECRL mais montrer ce que j'en faisais et ce que j'en avais compris afin d'échanger des idées, des solutions avec les collègues au lieu d'être seule à réfléchir dans mon coin. Hélas, certains collègues viennent sur mon site critiquer l'existence du CECRL sans jamais regarder ce que j'en fais en me traitant de "gourou du CECRL", passant à côté du pourquoi de son existence. (Cela ne vous vise aucunement car vous avez toujours été courtois et poli, je vous en remercie publiquement ici d'ailleurs:-)). D'autres viennent prendre tout ce que je dis ou montre comme argent comptant sans prendre du recul par rapport à ce que je propose...ni proposer leur propre vision des choses. Au final, je me retrouve au même point, toujours le nez dans le guidon sans autre vision que la mienne….alors qu’à la base, il s'agissait juste pour moi, d'échanger... Comme vous l’avez désormais compris je ne suis pas une prêtresse du CECRL.. J’essaie juste d'apporter des pistes pour résoudre les points que vous soulevés fort justement. Nos points de vue divergent sur la forme non sur le fond. Il me semble personnellement plus judicieux de montrer un contexte dans lequel les points de grammaire et lexique vont prendre toutes leur valeur et justification plutôt que de partir d'un point de grammaire et présenter ensuite des exemples en ayant une phrase seulement comme contexte à chaque fois que l'on veut justifier son emploi.
En fait, d’après ce que vous m’avez dit lorsque vous décriviez vos séances, je pense que vous faites de l'approche actionnelle sans même le savoir mais comme ça ne ressemble pas à ce qu'on vous en a dit de son application pour le collège, vous ne comprenez pas comment le mettre en place au lycée!
En effet, si vous vous servez d'un texte pour faire apprendre du lexique et aborder un point de grammaire, vous rentrez dans l'actionnel puisque vous avez un contexte (le thème du texte devient le thème de votre séquence). Si en plus vous cherchez des activités d'appropriation et de remédiation basées sur le même thème, vous y rester. Si pour le transfert, et donc l'évaluation, il vous trouvez une production orale et/ou écrite dans laquelle l'élève va devoir faire montre de ce qu'il a appris... là vous êtes en plein dedans….. N’êtes vous pas en train de vous dire MAIS JE FAIS CA DEJA!!!! Mais oui, bien sûr, le CECRL n'est pas une révolution, c'est une évolution de ce qui se faisait déjà parce que ca nous semblait plus cohérent ainsi... Seulement avant de comprendre cela, j'ai pris moi aussi beaucoup de temps!!!!Je trouve cette méthode très intéressante car elle permet un enrichissement lexicale ENORME. L'élève trouve ainsi dans les différents textes abordés des synonymes pour exprimer les mêmes idées sur un même sujet... D'où l'intérêt de contextualité... il se rend compte que l'on peut dire la même chose de manière différente et sera capable de les réinvestir plus facilement après car il aura eu les contextes généraux dans lesquels ces structures apparaissaient. Pour être vraiment actionnel, il faudrait juste annoncer la tâche finale c'est-à-dire la production attendue avant afin de donner aux élèves un raison de s’investir et de leur faire comprendre le pourquoi de cet apprentissage. Ca permet aux élèves moyens ou en difficulté de structurer leur apprentissage et donc de mieux fixer les acquis….
Au plaisir de vous relire
Commentaire n°10 posté par Mrs cadot le 05/03/2009 à 18h31
Ah mais vous savez, je sors de l'iufm, j'ai donc été formé (un peu) au CECRL et (pas mal) à l'approche actionnelle... et oui, j'ai mis en oeuvre un certain nombre de "tâches finales" dans le cadre de "séquences". Certaines ont été bien réussies d'ailleurs (écrire et enregistrer un "manifesto" à la manière de B. Obama en terminale, doublage de dessin animé en labo multimédia en 2nde - des trucs sympas quoi).
J'ai été validé par l'iufm avec la mention "Très satisfaisant", on vient de me contacter pour rédiger un manuel de lycée... bref, tout ça pour vous dire que j'ai passé et passe pas mal de temps sur ces questions, et j'ai appris à déployer la méthode communicative bien comme il faut...

MAIS, et c'est un gros mais, je trouve que tout cela n'a de sens qu'avec une certaine exigeance au niveau linguistique. Je sens cette dernière "en danger" dans nos classes, CECRL ou pas.
J'ai hélas l'impression qu'à partir du moment où la tâche "fonctionne" (=les élèves sont contents et impliqués), alors l'objectif semble atteint sous prétexte que "tout le monde est content".

Je n'ai rien contre les tâches finales qui permettent une bonne application de ce qui a été recemment appris. Elles sont la suite logique de la leçon. Mais vous êtes formatrice, et vous savez donc qu'on ne parle déjà plus de tâche finale mais de macrotâche. Qu'on apprend plus pour réaliser une tâche mais en réalisant une tâche. Que l'approche actionnelle et devenue "perspective" actionnelle....

Alors quoi ? Ce "concept" est-il fuyant au point de devoir sans cesse être renommé ?

Ce que je vois, ce sont des élèves qui, en début de seconde, arrivent complétement destructurés pour la majorité d'entre eux.

Je doute aussi de l'"évaluation positive". Vous lisez sans doute Claudine Martina, qui propose par un élégant tour de passe-passe de carrément supprimer les mauvaises notes parce qu'elles "traumatisent" l'élève.

Anyway.
Aujoud'hui on a fait une traduction linéaire et quasi-magistrale d'un extrait de David Lodge en TL. Anti-communicatif au possible, mais grosse concentration des élèves sur un texte qui, de toute façon, parle de lui-même.

Bref, tout cela nous amène dans biens des directions... qui feront donc l'objet d'une prochaine note !

Cordialement,
AD
Commentaire n°11 posté par AD le 05/03/2009 à 22h52
@Mrs Cadot: j'ai lu attentivement votre présentation Powerpoint. On y trouve un certain nombre d'informations sur le CECRL et ses paliers, avant de voir comment on oriente une séquence vers une ou deux tâche(s) finale(s).

Il sera très utile à ceux qui préparent l'épreuve de didactique du CAPES ou de l'agreg interne, de même qu'à ceux qui n'ont pas eu une formation IUFM très claire à ce sujet.

On n'y lit pas que la correction grammaticale est une chose importante, ni que l'élève se doit d'écrire et de parler le mieux possible.

La tâche finale proposée (celle sur le réglement de l'école) me gêne dans sa philosophie. Depuis quand l'élève doit-il émettre une opinion sur le réglement intérieur de l'école ? Désolé, je ne peux pas ne pas relever...

Vous insistez beaucoup sur le "concret", mais ce terme est assez vague. Pour moi, lire un texte et répondre à des questions, traduire, faire un exercice de grammaire, apprendre ses conjugaisons... c'est déjà très concret.

J'ai l'impression que par "concret", vous vous dire ce qui "parle" tout de suite à l'enfant.

On ne lit pas qu'apprendre une langue, c'est apprendre et répéter des contenus qui n'ont pas toujours une utilité directe mais qui seront utiles plus tard (ex: apprendre les participes passés irréguliers permettent de gagner du temps sur l'apprentissage du present perfect).

Quoi qu'il en soit, votre présentation a le mérite d'être claire et de limiter le jargon - bref, de bien expliquer l'approche préconisée aujourd'hui. Même si on n'est pas entièrement d'accord avec ladite approche - pardon, perspective.
Commentaire n°12 posté par AD le 05/03/2009 à 23h31
Cela fait plaisir de lire les avis de Maria et d'AD sur cette page. Vous avez parfaitement mis le doigt dessus, là où ça fait mal. Mme Cadot défend bec et ongles l'approche actionnelle avec les mêmes arguments ("mais si, on fait de la grammaire aussi" et "venez voir comment je fais, ça marche"), mais ne répond jamais à mes analyses du CERCL quand j'en fais sur son blog, à part pour dire "eh bien, vous n'avez qu'à changer ce qui vous semble mauvais dans le CECRL", sauf que tout est mauvais dans le CECRL, c'est là qu'est le problème, je le répète, tout y est arbitraire, vague et approximatif. Quant à l'approche actionnelle en soi, qui implique séquences et projets, elle demande en effet surtout beaucoup d'énergie au prof (et très peu à l'élève, en ce qui concerne l'apprentissage lui-même), et c'est le LONG TERME qui fâche, et sur lequel Mme Cadot ne répond jamais non plus. Comme vous l'avez dit ici, les élèves de Term peuvent être très bien évalués après une tâche précise qu'ils ont appris à faire, mais ils sont perdus si on leur donne autre chose! Ce sont là les premiers reproches à l'approche actionnelle que font ses détracteurs: les "apprenants" n'apprennent quelque chose (en principe) que dans un contexte! Ce fameux "contexte" censé motiver les élèves est en fait un carcan avec lequel ils associent pour toujours un élément de connaissance "acquis", qu'ils sont incapables de REPLACER DANS UN AUTRE CONTEXTE. Alors qu'un apprentissage "hors-contexte" est en réalité un apprentissage "MULTI-contextes", pour peu que l'élève veuille bien se donner la peine de faire confiance au professeur et de comprendre que la seule "tâche" qui lui incombe, c'est d'apprendre la langue! Cette langue qui lui servira ensuite dans TOUS les contextes qu'il veut, et qu'il n'aura plus de problème à réutiliser, pour peu qu'il y travaille. Comme il est dit sur une page dont je donne le lien ci-dessous, une page qu'il faut absolument lire, le professeur de langues n'a pas beaucoup de TEMPS, et doit donc utiliser ce peu de temps pour rester concentré (FOCUSED est le terme qu'il emploie) sur les points essentiels, à savoir la langue elle-même. Il faut travailler utile! Qu'on explique à quoi peut servir ce qu'on apprend, ça va de soi, et cela prend quelques secondes, voire quelques minutes, plutôt qu'une longue "mise en scène" qui de toute façon sera TOUJOURS artificielle et arbitraire. Le danger, comme il est dit sur cette page dont je donne le lien, c'est qu'elle offre au bout du compte qu'une approche "phrasebook" ("que dire dans tel contexte" etc) même si Mme Cadot s'en défend. Cela peut donner des cours spectaculaires qui peuvent intéresser l'inspecteur (encore que voir des élèves faire des collages sur des affiches ou jouer à la marchande, bof), mais sur le plan du long terme, qu'en reste-t-il? C'est là le problème. L'autre danger, c'est qu'on fait croire (et qu'on se fait croire à soi, professeur) qu'on fait progresser l'élève... Moi j'ai parfois des élèves qui me disent, après que je leur aie donné une explication sur le fonctionnement et l'emploi d'un point particulier de la langue "jusqu'ici je n'avais jamais compris ce truc-là!". Tu parles, mon petit, tu n'avais fait que l'utiliser dans un "contexte" parmi tout plein d'autres choses différentes utilisées elles aussi dans le même "contexte" et tout ce que tu as retenu c'est le "contexte", mais pas le fonctionnement de ce que tu as utilisé, et donc tu ne sais plus le réutiliser, c'est logique! Il faut ce concentrer sur le point nouveau, réfléchir, comprendre et ENSUITE réemployer, éventuellement avec d'autres choses apprises avant!!! Pas le contraire! On voudrait nous faire croire que la correction grammaticale ou orthographique "suivra", comme si c'était un à-côté de l'apprentissage, alors que c'est la BASE de ce qu'on apprend, ce sur quoi tout le reste repose! On voudrait nous faire croire qu'il faut d'abord jouer le concert et ensuite on verra si on sait éviter les fausses notes! N'est-il pas plus logique et plus efficace d'apprendre les notes et à en jouer quelques unes ensemble et ENSUITE voir si le reste, le concert, suivra??? En tout cas, moi, ça me semble logique. Et cohérent. Il faut arrêter de prendre les élèves pour des "gamins" incapables de s'intéresser à quelque chose qui peut leur paraître abstrait au début, en leur imposant du faux "concret"... Faire ça, c'est finalement leur témoigner d'un manque de respect, d'une manière détournée et sournoise, bien que probablement involontaire... C'est tout le travail de l'enseignant de les convaincre et de les aider à y arriver... et non cette "approche" que j'appelle "solution de facilité", et qui est de trouver des "combines" qui peuvent demander beaucoup de travail de préparation de la part du prof certes, pour arriver à rendre les choses "faciles" pour l'élève dans l'immédiat, à court terme, mais qui ne fera que leur rendre les choses très difficiles à long terme, comme on le voit.

http://www.languagelearningproblems.net/02.2_a_ccommom_euopean_fframework.htm

Voir aussi cette page du même auteur sur "grammar, bad and good", très pertinente aussi:

http://www.languagelearningproblems.net/04.3_grammar_bad_and_good.htm
Commentaire n°13 posté par Cyrano le 06/03/2009 à 13h54
Bonsoir,
je vois que "Cyrano" a perdu de son agressivité et n'est plus sur le ton de la provocation. Tant mieux ! On va enfin pouvoir discuter sur de meilleures bases! Cette discussion est très intéressante et le partage des points de vue est pour moi très enrichissant. Il a le mérite de faire prendre à chacun du recul par rapport à sa pratique et éventuellement se remettre en question. Vous m'accusez de ne pas répondre à vos questions. Ce n'est pas que je ne le veuille pas c'est juste qu'elles sont trop générales. Soyez plus précis et je vous répondrai volontiers.
Cordialement
Commentaire n°14 posté par MRS Cadot le 06/03/2009 à 22h00
Bonjour,
Pour répondre à AD sur la résistance de l'hispanisme au pédagogisme. En effet, nous avons résisté longtemps du fait de la nature de la langue que nous enseignons, langue romane, grammaticale par excellence et du fait de l'importance accordée au fait culturel qui nous obligeait à transmettre des contenus solides. Tout cela nous a protégé longtemps en quelque sorte et nous devions supporter les moqueries de nos collègues anglicistes et germanistes qui critiquaient cette "langue de commentaire". Cet enseignement avait certes des défauts mais donnait des bases linguistiques solides pour qui acceptait de fournir des efforts. J'ai été formée ainsi et le résultat n'est pas si mauvais que cela. Mais les autres? les élèves d'aujourd'hui ne sont plus les mêmes et patati et patata... J'entends souvent: un tel enseignement ne serait plus possible aujourd'hui, il est trop loin des préoccupations de nos élèves etc. Je crois, pour ma part, que nous avons beaucoup perdu en ne maintenant pas cette rigueur, cette "austérité" qui nous caractérisait. Les élèves, même les plus faibles, savaient que le cours d'espagnol était sérieux et qu'on allait y apprendre des choses. Maintenant, je constate que notre métier est très dévalorisé: qui n'a pas entendu, "vous en langues, c'est pas compliqué, vous leur balancez une chanson et c'est bon, vous êtes tranquilles. Tiens, toi Maria, tu leur mets un petit Manu Chao et c'est parti...". A force d'avoir voulu nous adapter à notre public, nous perdons en crédibilité. Il suffit de voir la hiérarchie des matières qu'opèrent les élèves eux-mêmes, les langues n'arrivent jamais en premier.
L'hispanisme est tombé dans le pédagogisme pour diverses raisons: d'abord, ce petit complexe d'être toujours en retard par rapport aux anglicistes, d'être toujours à la traîne... cela a transformé notre hiérarchie en "suiveuse" des modes, allez-voir le site de l'APLV où sévit l'hispaniste Christian Puren. Ensuite, parce que l'Espagne elle-même a sombré dans la dérive pédagogiste. Il suffit de regarder leurs sites professionnels, le CECRL n'y est jamais critiqué, le cadre va résoudre tous les problèmes. Nous subissons donc de plein fouet ce zèle du converti de la part de nos inspecteurs et ceux-ci sont très craints par l'ensemble des collègues. Pour ma part, je crains cette visite de titularisation où l'on va vérifier que tout est "conforme".
Les dérives d'un tel système pédagogiste sont visibles, notamment chez les jeunes collègues, totalement obsédés par la mise en oeuvre de leurs séances, ils en oublient l'essentiel. J'ai l'impression que eux et moi, nous ne faisons pas le même métier. Que d'heures perdues à chercher quelles compétences, quels items à valider, quelles activités langagières... à faire des tableaux dans tous les sens, de jolies présentations... Que de temps de perdu et quelle fatigue!
Entendu, d'une IPR d'anglais: "le CECRL, ça tombe bien, les profs de LV vont enfin travailler". Je crois que d'une certaine manière le pari est réussi. J'ai l'impression que plus les collègues se démènent, moins leurs élèves en font.
J'avoue ne pas parvenir à travailler ainsi, j'axe mon cours sur les contenus linguistiques et culturels à transmettre et à faire utiliser. Oserais-je dire que la mise en oeuvre se fait naturellement?
A bientôt.
Commentaire n°15 posté par Maria le 07/03/2009 à 10h51
Tout d'abord, Maria, décidément, vous m'enlevez les mots de la bouche! Par exemple:

"A force d'avoir voulu nous adapter à notre public, nous perdons en crédibilité."

Ou bien:

"Entendu, d'une IPR d'anglais: "le CECRL, ça tombe bien, les profs de LV vont enfin travailler". Je crois que d'une certaine manière le pari est réussi. J'ai l'impression que plus les collègues se démènent, moins leurs élèves en font."

D'abord, il y a toujours cette obsession chez les IPR et les pédagogistes en général que les profs doivent travailler plus, qu'ils n'en font pas assez. Avec cette équation donnée comme postulat: Plus de travail pour le prof = progrès pour l'élève.

Non seulement ce n'est pas prouvé, mais l'expérience me montre que c'est quasiment le contraire...

Mme Cadot, je ne pense pas avoir été agressif ou dans la provocation sur votre blog. Je n'ai pas pris de gants pour dire ce que je pensais, certes, et il faut parfois secouer les esprits pour faire passer le message. Vous vous attendiez à des remarques bien sages pour une discussion bien tranquille de votre travail, et vous avez été surprise par ma critique "de front" du CERCL et de de l'approche communicationnelle ou actionnelle que vous avez prise de plein fouet, et je comprends que ça ne vous ait pas plu. Mais le texte écrit ne rend pas toujours compte de ce que l'oral aurait été... J'aurais peut-être dû employer des smileys... Cela dit j'ai trouvé votre réponse à mes interventions souvent au niveau de l'attaque personnelle et du procès d'intention, et c'est dommage...

Qu'est-je dit qui vous a paru agressif? J'ai dit que le CECRL était grotesque et "stupide", par exemple, mais j'en suis venu à le penser vraiment. D'ailleurs, vous me dites sur cette page que mes questions étaient trop générales, alors que j'ai donné justement des exemples précis sur votre blog et vous n'y avez répondu qu'en me parlant de lunettes sales (comme quoi je devais les nettoyer au lieu de m'en plaindre). Ce n'est pas à moi de nettoyer ces lunettes sales appelées CECRL, Mme Cadot... On m'impose ces lunettes sales, et je dois les accepter et les nettoyer en plus?

Pardonnez-moi de me citer, mais voici ce que j'écrivais sur votre blog:

***

Prenons deux exemples: selon le CECRL, on est du même niveau si on "sait parler de sa famille en termes simples" (je résume et simplifie pour la démonstration, mais l'idée est là). Bon, j'ai à ma droite un élève qui dit "j'ai un frère et une soeur" et à ma gauche un autre qui dit "j'ai trois frères et je n'ai pas de soeur". Selon le CECRL ils sont du même niveau! Selon moi, non. L'un prouve qu'il sait dire "trois" et sait faire la forme négative, l'autre non. Peut-être qu'il sait le faire, mais il ne le montre pas. On voit donc qu'une évaluation basée sur le CECRL ne permet PAS d'évaluer correctement un élève. Et tous les "descripteurs" du CECRL sont à l'avenant. Je pourrais prendre d'autres cas du même genre: parler de ses activités quotidiennes, par exemple. L'un en fait et en dit cinq fois plus qu'un autre, mais ils sont tous les deux du même niveau, selon le CECRL!

Autre exemple, pourquoi certains descripteurs sont-ils d'un niveau plus élevé que d'autres (B1 au lieu de A2, par exemple). Selon le CECRL, effectuer une transaction à la banque ou à la poste est plus fort que de parler de soi et de sa famille. Ah bon? Complètement arbitraire! Moi avec un guide de conversation polonais, je me suis débrouillé dans une banque à Cracovie, mais je ne sais toujours pas dire "frère" ou "soeur" en polonais! Ridicule. Grotesque. Oui, disons-le: stupide. Le CECRL est complètement stupide.

******* fin de citation

Et le problème c'est que tout est comme ça...

J'engage tout le monde à lire: "Le Portfolio européen des langues et le Cadre européen commun de référence : entre normalisation institutionnelle et responsabilité individuelle
Pierre Frath
Université de Reims Champagne-Ardenne"

On trouve cette analyse sur le web (document Word).

C'est vraiment excellent, informatif, équilibré et ça pose les vrais problèmes.
Commentaire n°16 posté par Cyrano le 07/03/2009 à 13h22
Je n'arrive pas à croire que c'est moi qui ai écrit "Qu'est-je dit" au lieu de "Qu'ai-je dit"!!! Je crois que c'est la 1ère fois de ma vie que je fais cette faute... Soit je vieillis, soit je tape trop sur mon clavier...
Commentaire n°17 posté par Cyrano le 07/03/2009 à 16h29
Don't worry Cyrano... j'ai bien écrit "en tant voulu" il n'y a pas si longtemps.

Maria, je me retrouve pleinement dans votre analyse. Je ne pense pas que l'apprentissage de la concordance des temps en espagnol, si redoutable, puisse survivre à l'approche actionnelle.

Et toutes les "modes" des anglicistes, inspirées de la massification de l'enseignement aux Etats-Unis, ne sont en effet guère bonnes à suivre.
Commentaire n°18 posté par AD le 07/03/2009 à 18h43

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