Mardi 3 mars 2009 2 03 /03 /Mars /2009 00:30

Tout d'abord, je tiens à remercier tous ceux qui sont passés ici pour commenter ces premières notes. Il me semble nécessaire de clarifier quelques-uns de mes propos, ainsi que, peut-être, ma démarche.

Jeune professeur, je me sens loin de détenir une quelconque vérité absolue sur l'enseignement de l'anglais. Si je donne l'impression d'avoir quelques certitudes, je me pose néamoins bien des questions. Autour du même thème... comment faire progresser mes élèves ?

J'imagine que tout le monde a compris que je ne rejette pas l'idée qu'une langue sert, en très grande partie, à communiquer. Je m'inquiète juste de l'idée de communication au sens du CECRL, le fameux Cadre Européen Commun de Référence pour les langues.

Je part du principe que pour communiquer efficacement et avec élégance, un certain niveau de maîtrise linguistique est nécessaire. En tant que professeur de langue, je souhaite me concentrer sur la dimension verbale de la communication, plutôt que sur les 80% de non-verbal. Le paradoxe de la méthode actuelle est qu'en mettant la communication au centre du cours d'anglais, elle tend à rejeter la langue (lexique, grammaire, phonologie, etc.) aux marges. 

Un cours réussi est un cours où les élèves ont communiqué, même "mal" (en faisant des fautes, en s'aidant des mains). Je m'en inquiète. Et même s'il n'est pas exclu de se faire comprendre ainsi dans "la vraie vie", je me demande en quoi devrions-nous nous contenter de ça à l'école. D'où ma comparaison avec les "rudiments du cadre" qui part en voyage avec une trousse de secours en anglais. Je ne parlais pas des directeurs de haut niveau qui, eux, sont passés par les grandes écoles et possèdent un bagage  grammatical, lexical et culturel digne de ce nom.

Je ne suis venu à l'enseignement que tard, après une prépa HEC, une grande école de commerce, quelques années en entreprise à l'international et... l'agrégation d'anglais, un vieux rêve. On ne peut donc pas m'accuser de n'avoir été qu'à l'école et de ne rien connaître d'autre.

J'ai largement eu l'occasion d'observer mes collègues dans leurs aventures communicationnelles diverses et variées. Les meilleurs d'entre eux sont d'anciens bons élèves qui ont, au cours de leur scolarité, non pas fait des heures et des heures de "communication" plus ou moins bidon mais intériorisé une langue solide. Notamment... des règles de grammaire. Sur ces bases, avec de l'entraînement, ils ont développé leurs aptitudes à déchiffrer les contrats, rédiger, budgéter - the whole nine yards quoi.

Je remarque que le CECRL ne sait pas se présenter autrement qu'en disant que la grammaire n'est pas important, que c'est un outil, bref, quelque chose de finalement assez secondaire.

Je ne suis pas un ayatollah de la grammaire et de l'orthographe. Mais avouons qu'en deça d'un certain niveau dans ces domaines, il n'y a tout simplement plus de langue du tout. Ou alors celle du sauvage.

A mes yeux, les exercices de grammaire sont à l'élève ce que les gammes sont au pianiste. Pas une fin en soi, certes, mais un sacré bon moyen d'améliorer sa technique et sa souplesse ! Reste ensuite l'étude du morceau proprement dit (des documents motivants, de bon niveau, avec des activités langagières bien pensées) et - enfin ! - le concert (la communication ou réinvestissemet de ce qui a été vu).

L'approche du CECRL, c'est de mettre directement l'élève en situation de concertiste, sous prétexte que faire des gammes ou étudier longuement une partition n'est pas ou plus assez motivant. Et d'évaluer ultra-positivement tout ce qui est produit sur cette scène, même si la prestation n'a objectivement que peu de valeur... en raison même du manque d'entraînement et d'intériorisation de l'élève au préalable !

Quant à la littérature... mes élèves sont essentiellement des généralistes, pas de futurs spécialistes de technique littéraire. Je ne consacre évidemment pas tous mes cours à "faire de la compréhension de l'écrit" et ne limite pas cette dernière aux "belles lettres anglaises". Néanmoins, mes élèves, qui n'ont aucun intérêt a priori pour la lecture, apprécient la lecture en V.O, douloureuse au début mais tellement gratifiante par la suite. Aussi, les "beaux textes" ne sont pas synonymes de "textes difficiles". Candide est un texte aussi formateur que magnifique, sans être spécialement difficile. Idem pour Bel Ami. Voilà pourquoi on les enseigne sans trop de problèmes au lycée et qu'ils participent de la construction de générations entières.

J'utilise beacoup d'autres supports néanmoins : chansons, poèmes, extraits d'émissions de radio, reportages CNN, etc. Mais il est important, à mes yeux, de leur faire comprendre que tout ne se vaut pas. Que lire Animal Farm d'Orwell en V.O est une expérience d'un autre calibre que la presse Murdoch.

Les élèves sont-ils ainsi prisonniers de mes propres goûts et représentations ? Sans doute. Mais je préfère les amener dans ma sphère (qu'ils pourront allégrement dépasser ou critiquer plus tard) que de les maintenir dans la leur.  Si moi, leur professeur d'anglais en lycée, je ne leur parle pas un peu de Shakespeare, Dickens ou Mark Twain... qui le fera ?

Et si nous nous contentions de leur donner des bases linguistiques solides pour l'avenir ? Plutôt que de viser, en 2 ou 3 pauvres heures par semaine, de former des concertistes qui ne font ni de gammes, ni d'études de partitions ?

Un objectif se doit d'être réaliste et atteignable.


Par AD
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